Pointe-Noire s’unit contre les violences de genre
Le 23 novembre, les artères de l’arrondissement 1 Lumumba ont résonné des chants et slogans de centaines de personnes réunies derrière la ministre de la Promotion de la Femme, Inès Nefer Bertille Voumbo Yalo Ingani, pour une marche symbolique contre les violences infligées aux femmes et aux filles.
Parti de l’esplanade municipale, le cortège a longé la place de la République avant de gagner la préfecture, où il a été accueilli par le préfet Cebert Iboko Onanga, signant l’un des rassemblements les plus visibles de l’année sur cette thématique.
Autorités engagées et message gouvernemental
En tête de file, la ministre de l’Économie forestière, Rosalie Matondo, et la maire Evelyne Tchitchelle ont tenu la banderole officielle, illustrant la cohésion entre pouvoirs central et local pour traiter un problème qu’elles qualifient de priorité nationale.
« La femme est le berceau de l’humanité », a rappelé Inès Voumbo Yalo Ingani devant la presse, insistant sur la volonté du Congo de renforcer les lois et les dispositifs d’écoute afin que plus aucune agression ne reste dans l’ombre.
Au-delà des discours, les ministres rappellent que le Congo a ratifié la Convention de Maputo et planche sur un projet de loi révisé qui alourdirait les peines pour violences conjugales, intégrant désormais le harcèlement en ligne parmi les infractions pénales.
Le défi spécifique de la violence numérique
Le thème retenu cette année, « Tous unis pour mettre fin à la violence numérique », souligne la montée des cyberharcèlements, de la diffusion non consentie d’images et des discours haineux ciblant spécifiquement les Congolaises, surtout les plus jeunes.
Selon le service départemental des télécommunications, plus d’un smartphone sur deux dans la ville est utilisé par une femme de moins de trente ans, exposant une tranche entière de la population à ce risque encore sous-déclaré.
Un partenariat avec les opérateurs télécoms MTN et Airtel est envisagé pour lancer dès mars 2024 des SMS d’alerte et de sensibilisation gratuits, destinés à informer les abonnées des recours possibles et encourager la dénonciation anonyme des abus en ligne.
Un centre holistique en préparation
Annoncé durant la marche, le projet de « centre holistique » prévoit des unités médicales, juridiques et psychologiques, financées par des partenaires techniques que la ministre dit avoir déjà mobilisés pour un démarrage en 2024.
L’établissement sera implanté à proximité de l’hôpital Adolphe-Sicé afin d’assurer un continuum de soins et de procédures, une première dans le sud du pays, saluée comme « une avancée majeure » par le médecin-chef de l’hôpital, le docteur Albert Ngoma.
Le Conseil départemental étudie déjà des sites complémentaires à Ngoyo et Loandjili pour que le futur centre dispose de relais de proximité capables d’héberger, pendant trois mois si nécessaire, les survivantes menacées dans leur environnement familial.
Des femmes, des histoires et des espoirs
Dans la foule, Clarisse, vendeuse de légumes, confie qu’elle « ne veut plus craindre la fermeture du marché au crépuscule », évoquant les agressions subies par plusieurs collègues l’an passé à l’entrée de Tié-Tié.
Plus loin, Jean-Pierre, étudiant, explique avoir rejoint la marche par solidarité ; pour lui, « un homme digne protège, il ne blesse pas », un message repris par les chœurs d’associations de jeunes qui scandaient des refrains en lingala et en kituba.
Impact économique et sécurité des marchés
La ministre a rappelé que les marchés génèrent jusqu’à soixante-cinq pour cent des revenus quotidiens des ménages de Pointe-Noire, un argument économique fort pour sécuriser les voies d’accès et garantir que l’activité féminine reste un pilier de la relance post-Covid.
Elle a cité en exemple la campagne contre les « bébés noirs », menée en 2022, pour illustrer la capacité des autorités à restaurer l’ordre public, précisant que des patrouilles mixtes police-gendarmerie seront désormais régulières autour des grands marchés.
Une cellule dédiée du ministère du Commerce doit par ailleurs recenser les pertes subies par les vendeuses après des incidents sécuritaires, afin de préparer un mécanisme d’assurances solidaires qui libérerait ces entrepreneures des angoisses financières post-agression.
Promouvoir une masculinité positive
L’objectif d’une masculinité positive, soutenu par le président Denis Sassou N’Guesso, a été largement repris lors des allocutions : promouvoir le respect mutuel dans les foyers pour réduire l’incidence des violences qui, selon le ministère, touchent encore une femme sur trois.
Des ateliers pédagogiques seront lancés dans les collèges de Mvou-Mvou et Mongo-Pokou dès janvier 2024 pour inclure les garçons dans la prévention, a précisé la directrice départementale de l’éducation, Mme Pauline Mbemba.
Une mobilisation appelée à durer
La mobilisation de Pointe-Noire ouvre les seize jours d’activisme programmés à l’échelle nationale, avec des conférences, des séances juridiques gratuites et une campagne sur les radios communautaires.
À la dispersion, les organisateurs ont remis un mémorandum au préfet, demandant la consolidation des statistiques officielles et la création d’un numéro vert unique ; ils espèrent remettre le document au Parlement avant la prochaine session budgétaire.
Les responsables associatifs comptent aussi sur la diaspora pour relayer la campagne sur les réseaux, un engagement jugé essentiel alors que plus de deux cent mille Congolais vivent à l’étranger et restent influents sur les plateformes fréquentées par les jeunes.
