Un engagement réaffirmé
À l’occasion du 36e anniversaire de la Convention relative aux droits de l’enfant, l’Unicef Congo a publié un communiqué depuis Brazzaville réaffirmant sa volonté de soutenir l’action publique congolaise pour placer les enfants au cœur des priorités nationales.
Devant les médias, la représentante de l’agence onusienne, Mariavittoria Ballotta, a salué les efforts constants menés par l’État et ses partenaires pour garantir à chaque enfant congolais un accès équitable aux services essentiels, soulignant que « des bases solides sont déjà posées ».
Le gouvernement, par la voix de la ministre des Affaires sociales Irène Marie Cécile Mboukou-Kimbatsa, s’est dit déterminé à « ne ménager aucun effort » pour honorer la convention, en rappelant que l’investissement dans l’enfance conditionne le développement global du pays.
Des progrès mesurables sur la décennie
Les données compilées par l’Unicef montrent une progression régulière de la scolarisation primaire : le taux net est passé de 85,9 % en 2010 à 96 % en 2024, avec une parité filles-garçons qui se rapproche de l’équilibre dans la plupart des départements.
Côté santé, la mortalité d’enfants de moins de cinq ans a reculé, tombant d’environ 74 pour mille naissances vivantes en 2010 à près de 50 pour mille aujourd’hui, grâce à la généralisation des vaccins et à l’amélioration du suivi post-natal.
Le ministère de la Santé évoque également une augmentation notable des accouchements assistés par du personnel qualifié, passée de 85 % à 93 % entre 2015 et 2024, contribuant directement à la réduction des risques pour les mères et les nouveau-nés.
Pour accompagner l’afflux d’élèves, plus de 1 200 salles de classe ont été réhabilitées ou construites entre 2018 et 2024, selon le ministère de l’Éducation. L’objectif est de réduire la taille moyenne des classes, encore supérieure à quarante élèves dans certaines zones périurbaines.
Cadre légal renforcé pour la protection
Le 30 avril 2025, deux textes d’application majeurs sont entrés en vigueur, concrétisant la loi n° 4-2010 portant protection de l’enfant : un arrêté instituant un système d’alerte rapide et un autre créant l’Observatoire de l’enfant en danger.
Ces mécanismes permettront d’identifier plus rapidement les situations de maltraitance, de faciliter les signalements communautaires et de déclencher une réponse coordonnée entre les services sociaux, la police et la justice, explique un responsable technique du ministère en charge du dossier.
L’Unicef appuie la formation des agents de terrain et le déploiement d’outils numériques pour centraliser les alertes. « La fiabilité des données est capitale pour orienter les décisions budgétaires », rappelle Mariavittoria Ballotta, soulignant l’importance d’investir aussi bien dans la prévention que dans la prise en charge.
Les enfants, acteurs du changement
À la tête du Parlement des enfants, Geliana Lucia Bouenitelamio constate que les jeunes Congolais « ont des idées solides pour bâtir une société plus inclusive ». L’institution junior, créée il y a dix ans, sert de cadre d’expression et de proposition auprès des députés adultes.
Lors de la dernière session, les élus juniors ont plaidé pour l’extension des cantines scolaires communautaires afin de réduire l’abandon en zones rurales, une recommandation transmise officiellement au ministère de l’Éducation pour examen dans le prochain budget.
Pour Bouenitelamio, cette dynamique illustre le potentiel d’une jeunesse « déjà consciente de ses droits et devoirs ». Elle invite les autorités locales à institutionnaliser des espaces de dialogue réguliers, gage selon elle de politiques plus proches des réalités vécues par les enfants.
La voix des filles portée à Dakar
En octobre 2025, des adolescentes congolaises ont participé au Forum régional des filles d’Afrique de l’Ouest et du Centre tenu à Dakar. La déclaration finale, remise aux ministres de la Jeunesse et de la Promotion de la femme, insiste sur la lutte contre les mariages précoces.
L’Unicef salue « une avancée significative ». Mariavittoria Ballotta estime qu’en permettant aux filles « d’occuper la place qui leur revient », le Congo préparera une société plus juste et plus productive, puisque l’éducation des filles est corrélée à la croissance économique et à la santé familiale.
Le ministère en charge du Genre a déjà intégré plusieurs recommandations du Sommet de Dakar dans son plan stratégique 2024-2028, notamment le déploiement d’unités mobiles d’état civil pour enregistrer toutes les naissances et la mise en place de bourses spéciales pour les collégiennes.
Priorités pour la prochaine phase
En 2026, l’Unicef et le gouvernement finaliseront leur nouveau programme de coopération. Les grands axes porteront sur l’éducation préscolaire, la nutrition et la protection contre les violences en ligne, un phénomène émergent du fait de l’essor rapide de la connectivité mobile.
Selon une étude conjointe publiée cette année, près d’un adolescent sur cinq a déjà été confronté à un contenu numérique à caractère nuisible. Des lignes d’assistance téléphonique gratuites, gérées en partenariat avec les opérateurs télécoms, devraient être opérationnelles avant la rentrée prochaine.
« Investir durablement dans l’enfance, c’est préparer la main-d’œuvre qualifiée dont le Congo aura besoin pour atteindre les objectifs du Plan national de développement », résume la ministre Mboukou-Kimbatsa. Elle assure que les allocations budgétaires seront alignées sur les priorités identifiées avec l’Unicef.
