Contexte et lancement officiel
Brazzaville fourmille de taxis-motos empruntés quotidiennement par des milliers d’usagers pressés. Dans ce flux continu, la question de la sécurité routière reste centrale. C’est pour y répondre que la Direction générale des transports terrestres, en partenariat avec SAFE, vient d’ouvrir une formation inédite.
Annoncée le 21 octobre 2024, l’initiative vise à renforcer les compétences des conducteurs de taxis-motos, qu’ils soient aguerris ou tout juste débutants, et leur offrir un accès simplifié au précieux permis de conduire catégorie 1 attendu en décembre.
Un format accéléré et interactif
La session dure deux semaines, un format accéléré comparé aux quatre mois et demi d’un cursus classique. Chaque jour, deux heures sont partagées entre théorie en salle et exercices pratiques encadrés par les instructeurs certifiés du SAFE.
« La formation classique dure quatre mois et demi, mais nous avons conçu un condensé adapté à leur réalité », explique François Ofunga, expert judiciaire et détective en accident de voie publique, avant de préciser que l’échange interactif reste au cœur de chaque séance.
Des modules pensés pour le terrain
Le programme s’appuie sur sept modules clés : code de la route, règles de priorité, croisements et dépassements, limitation de vitesse, alcool au volant, sécurité individuelle et gestion professionnelle. Les effets des pluies ou de la poussière sur la conduite y sont également abordés.
La pratique au cœur de l’apprentissage
Une seconde phase, tout aussi dense, déroule sept jours d’apprentissage en situation réelle. Les candidats manœuvrent leur engin sur des circuits définis, s’exercent aux freinages d’urgence et répètent les gestes de courtoisie qui peuvent, à terme, réduire sensiblement les risques d’accident.
Objectifs institutionnels et économiques
Pour la DGTT, l’enjeu dépasse la simple obtention d’un document officiel ; il s’agit de professionnaliser un secteur qui assure chaque jour la mobilité de nombreux Congolais tout en améliorant la cohabitation avec automobiles, piétons et transports collectifs.
Derrière l’objectif sécuritaire se profile une dimension économique. Chaque accident évité limite les frais médicaux, les réparations et les journées sans revenu, autant d’éléments qui pèsent lourd sur le budget familial et la compétitivité du secteur informel du transport.
Témoignages des premiers inscrits
Parmi les quarante premiers inscrits, Rodrigue, trentenaire venu du quartier Moukondo, reconnaît avoir appris « des règles pourtant évidentes mais jamais expliquées ». À ses yeux, ce bagage nouveau devrait rassurer sa clientèle et peut-être, demain, accroître ses revenus.
La session est également ouverte aux débutants n’ayant jamais conduit de deux-roues motorisé. Ils disposent ainsi d’une porte d’entrée vers un métier en pleine expansion, notamment dans les périphéries où l’offre de bus reste limitée et la demande de mobilité de proximité élevée.
Un partenariat porteur de garanties
Le partenariat DGTT-SAFE garantit une reconnaissance officielle du certificat délivré. Selon les organisateurs, ce document renforcera la crédibilité des chauffeurs auprès des forces de l’ordre et facilitera le processus d’assurance de leurs engins.
L’accès à l’examen du permis est prévu en décembre. Les candidats bénéficieront d’un accompagnement administratif afin de constituer leurs dossiers, une étape souvent jugée complexe pour les travailleurs indépendants.
Cap sur l’examen de décembre
Un cadre de la DGTT, rencontré sur place, insiste sur l’importance de la sensibilisation continue : « La formation est un début ; nous comptons multiplier les contrôles pédagogiques afin de maintenir le niveau ». Une démarche qui s’inscrit dans la stratégie nationale de réduction des accidents.
Vers une expansion nationale
SAFE, créé il y a une décennie, a déjà formé des chauffeurs de poids lourds, des agents d’escorte et des particuliers. Pour son directeur technique, cette nouvelle cohorte représente « un pas concret vers une mobilité plus sûre et mieux réglementée pour tous ».
Les usagers interrogés devant la gare routière de Talangaï se disent favorables à l’initiative. Beaucoup espèrent que la présence d’un autocollant mentionnant “certifié DGTT-SAFE” sur les motos-taxis permettra de choisir plus sereinement leur conducteur lors des heures de pointe.
La DGTT envisage déjà d’étendre le programme à Pointe-Noire et aux chefs-lieux départementaux. L’objectif est de créer, à terme, un référentiel national permettant de standardiser la formation de tous les conducteurs de deux-roues professionnels.
Une culture de prudence en marche
Pour les candidats, deux semaines suffiront peut-être à changer durablement leurs habitudes. Pour les autorités, c’est un levier supplémentaire vers des routes plus sûres. En somme, l’effort conjoint DGTT-SAFE pourrait installer à Brazzaville une culture de la prudence contagieuse.
Au-delà de la capitale, les retombées attendues touchent aussi les hôpitaux, souvent saturés par les traumatismes crâniens liés à la moto. Une baisse des blessés permettrait de libérer des lits, de réduire les coûts publics de santé et d’améliorer la réactivité des services d’urgence.
Le message des formateurs est clair : chaque conducteur formé devient un ambassadeur de la sécurité. Ils encouragent les diplômés à partager bonnes pratiques et expériences dans leurs quartiers, créant ainsi un effet domino susceptible d’atteindre l’ensemble du parc de taxis-motos.
