Le mouvement Sport pour tous prend racine au Congo
Au lendemain du Festival international de sport pour tous d’Abidjan, tenu du 24 au 29 novembre 2025, l’idée de faire bouger toute la population a gagné le Congo. Le concept, né pour promouvoir l’activité physique non compétitive, séduit désormais 26 pays africains.
Le principe est simple : encourager chaque citoyen à marcher, danser ou pédaler, sans contrainte d’âge, de performance ni de niveau social. L’activité devient un droit accessible, aussi naturel qu’aller au marché ou rejoindre l’école, avec l’objectif avoué d’une meilleure santé collective.
La Confédération africaine de sport pour tous, organisatrice du festival, décrit ce courant comme « un vecteur de cohésion et de prévention sanitaire ». Brazzaville a répondu présent, voyant dans cette philosophie un complément aux politiques nationales de santé et d’intégration sociale.
Un mandat confié à José Cyr Ebina
Dans la foulée du rendez-vous ivoirien, l’ancien député José Cyr Ebina a reçu la mission officielle de poser les jalons de la Fédération congolaise de sport pour tous, de randonnée pédestre et du bien-être. Le mandat lui vient des instances continentales et d’acteurs locaux convaincus du potentiel du projet.
Ce choix n’est pas fortuit. Ex-président de la Fédération congolaise d’athlétisme et ardent pratiquant de marche, Ebina connaît les rouages du sport national. Ses proches louent « un sens du terrain et un carnet d’adresses capable de fédérer clubs, écoles et collectivités ».
Sa feuille de route inclut la rédaction des statuts, la consultation des ministères concernés, la cartographie des pratiquants informels et la préparation d’une assemblée générale constitutive. L’objectif est d’obtenir l’agrément avant la fin du deuxième semestre 2026.
Objectifs sanitaires et sociaux
Le sport pour tous s’inscrit en complément des campagnes de santé publique menées par Brazzaville. Diabète, hypertension et obésité gagnent du terrain en zone urbaine ; l’activité physique régulière est reconnue comme un remède préventif peu coûteux.
Au-delà de la santé, les promoteurs mettent en avant la mixité intergénérationnelle. Une session de marche dominicale rassemble aussi bien des étudiants que des retraités, dans un cadre où le maillot d’équipe nationale côtoie la tenue de ville, abolissant les barrières sociales.
La notion de bien-être mental n’est pas oubliée. « Bouger libère des endorphines, réduit le stress et renforce l’estime de soi », rappelle un médecin du CHU de Brazzaville. Autant d’atouts pour une jeunesse en quête d’équilibre entre études, travail et loisirs.
Calendrier et étapes institutionnelles
Le comité de pilotage, en cours de composition, comptera des représentants des ministères des Sports, de la Santé, de l’Éducation et de l’Environnement. Cette transversalité doit assurer un ancrage durable dans les programmes publics.
Une phase de concertation avec les collectivités est prévue dès janvier 2026. Les mairies de Brazzaville et Pointe-Noire envisagent déjà des parcours sécurisés de randonnée urbaine, tandis que les départements planchent sur des circuits nature mêlant patrimoine et écotourisme.
La reconnaissance officielle passera par le dépôt des dossiers auprès du Comité national olympique du Congo, étape décisive pour bénéficier de subventions et d’un cadre juridique clair. Les organisateurs espèrent un feu vert avant la saison des grandes marches d’août.
Une opportunité économique et touristique
La création d’événements populaires ouvre des perspectives pour les PME locales. Vendeurs d’eau, fabricants de t-shirts, guides de randonnée et compagnies de transport anticipent déjà un nouveau marché autour du « sport bien-être ».
Selon un économiste contacté, un circuit de marche bien balisé peut attirer des touristes africains en quête d’expériences authentiques. « Un week-end sportif dans la forêt du Mayombe complété par la gastronomie locale est un produit exportable », souligne-t-il.
Le projet rejoint ainsi les objectifs de diversification économique fixés par le Plan national de développement, misant sur les industries du loisir et les services à forte valeur ajoutée, tout en valorisant les sites naturels du pays.
Échos dans la société civile sportive
Les clubs d’athlétisme saluent une initiative capable de repérer des talents hors des stades. « Un joggeur du quartier peut devenir sprinter s’il est orienté », note un entraîneur de Makélékélé, voyant dans la fédération un vivier pour l’élite.
Du côté des associations de femmes, l’engouement est palpable. Les groupes de fitness urbain espèrent un cadre leur permettant d’occuper plus fréquemment les places publiques, sous protection institutionnelle. Une responsable avance que « le sport rend la ville plus sûre et plus solidaire ».
Les feedbacks sur les réseaux sociaux illustrent une attente forte. Jeunes cadres, étudiants et personnes vivant avec un handicap interpellent déjà José Cyr Ebina pour garantir l’accessibilité des infrastructures et la gratuité des premières licences.
Vers une signature congolaise du sport loisir
Au-delà des textes, le défi résidera dans la mobilisation quotidienne. Les promoteurs envisagent des rendez-vous réguliers, du « vendredi en marchant » aux « dimanches sans voiture » dans certains boulevards, pour installer de nouveaux réflexes collectifs.
La fédération ouvrira un registre central des clubs et un portail numérique destiné à géolocaliser les parcours, partager des conseils et recueillir des données anonymisées. Ces statistiques permettront d’évaluer l’impact réel sur la santé publique et d’ajuster les politiques.
Pour José Cyr Ebina, l’ambition est claire : « Faire du Congo un modèle africain où bouger est un plaisir partagé, une courtoisie citoyenne ». En conjuguant bien-être, cohésion sociale et attractivité économique, le pays espère apposer sa griffe sur la carte du sport loisirs africain.
