Un chèque historique à Sibiti
Le 20 novembre, 259 jeunes entrepreneurs venus des cinq districts de la Lekoumou se sont retrouvés à Sibiti pour recevoir un chèque collectif de 87 434 000 F CFA. L’enveloppe, octroyée par le Forum horizon initiative et créativité, marque l’ouverture officielle d’une nouvelle vague d’investissements locaux.
Sous un chapiteau bondé, les applaudissements fusaient à chaque nom appelé. Derrière l’ambiance festive, les organisateurs tenaient un discours clair : transformer la passion des jeunes en activités viables, capables de générer des revenus pérennes et de participer à l’essor économique de la Lekoumou.
Le rôle clé du crédit Kolissa
Prenant la parole, Brice Makaya Mokoko, directeur général adjoint du Fonds d’impulsion, de garantie et d’accompagnement, a précisé que les fonds proviennent de la ligne de crédit Kolissa, mise en œuvre par la micro-finance Fidec, en étroite coordination avec le FIGA.
Ce mécanisme offre des taux préférentiels, un calendrier de remboursement souple et un accompagnement technique continu. « Nous voulons éviter l’effet coup de poignard des prêts classiques ; le jeune doit rembourser sans asphyxier son entreprise », a expliqué M. Makaya Mokoko à la presse.
Des projets variés, des parcours singuliers
Parmi les lauréats figurent 102 femmes et 157 hommes, un équilibre salué par les autorités. Leurs champs d’activité couvrent la coiffure, la menuiserie, la soudure, la boulangerie, la mécanique, l’agro-transformation, la restauration, la vannerie, la blanchisserie et les services informatiques.
La répartition géographique a été pensée pour irriguer tout le département : 194 bénéficiaires à Sibiti-centre, 16 à Sibiti-district, et dix dans chacun des districts de Komono, Zanaga, Bambama et Mayéyé. Le FHIC veut ainsi limiter la concentration des investissements autour de la seule capitale préfectorale.
Marcelline, 28 ans, obtient 400 000 F CFA pour agrandir son salon de tresses. Elle embauchera deux apprenties d’ici mars et vise un chiffre d’affaires mensuel de 300 000 F CFA. « On peut réussir ici sans partir à Pointe-Noire », affirme-t-elle, le regard déjà tourné vers sa prochaine extension.
À quelques pas, Christian, ancien mécanicien de chantier, bénéficie de 600 000 F CFA pour lancer un atelier de soudure. Il envisage de produire des charpentes métalliques adaptées aux pluies de la forêt de Mayombé et d’équiper les écoles rurales en mobiliers robustes.
Accompagnement technique et suivi personnalisé
Avant la remise des chèques, les candidats ont suivi cinq jours d’ateliers animés par des experts du FIGA, de la Fidec et de la Chambre de commerce. Les modules portaient sur l’étude de marché, la fixation des prix, la fiscalité simplifiée et l’usage d’applications mobiles de gestion.
Chaque porteur signera un contrat d’accompagnement d’un an prévoyant quatre visites en entreprise, des séances collectives de coaching et une hotline WhatsApp. Le dispositif, financé par un prélèvement symbolique sur le prêt, veut réduire le taux d’échec souvent observé durant les douze premiers mois.
Les meilleurs dossiers ont été distingués par le prix d’excellence « Le Prince », assorti d’un kit matériel évalué à 500 000 F CFA. La ministre Irène Marie Cécile Mboukou Kimbatsa y voit « un signal fort » envoyé aux autres institutions financières sur la fiabilité de la jeunesse congolaise.
Des messages d’espoir aux jeunes
Aline France Etokabeka, présidente exécutive du FHIC, a rappelé que l’État crée un cadre mais que la réussite dépend de l’engagement individuel. « Chaque franc doit être traqué, chaque dépense transformer le potentiel en valeur », a-t-elle insisté, promettant un reporting trimestriel public.
La ministre des Affaires sociales a, pour sa part, salué « une bouffée d’oxygène qui sort des citoyens de l’oisiveté ». Elle a invité les participants à internaliser les enseignements sur le marketing, la gestion et la digitalisation présentés par une dizaine d’experts tout au long de la semaine.
Une dynamique soutenue par l’État
Depuis 2016, plus de 500 millions F CFA ont déjà été injectés par le FHIC et ses partenaires. Le programme s’inscrit dans la Stratégie nationale de développement 2022-2026, qui mise sur les chaînes de valeur locales pour créer des emplois et réduire la dépendance aux importations.
Le FIGA espère un taux de remboursement supérieur à 90 %. En cas de réussite, une nouvelle enveloppe pourrait être ouverte dès 2025. À l’inverse, des retards prolongés forceraient un durcissement des conditions, scénario jugé improbable par les responsables au regard de l’enthousiasme actuel.
Perspectives pour la Lekoumou
Le département de la Lekoumou possède des atouts variés : essences forestières, cacao, potentiel touristique. Les autorités ambitionnent de créer un tissu durable de PME qui transforme ces ressources sur place, plutôt que de les expédier brutes vers d’autres régions ou à l’étranger.
Pour relever les défis logistiques, le préfet mise sur le programme Lumière pour Tous et le projet de bitumage Sibiti-Zanaga actuellement en cours de mobilisation de fonds. « L’énergie et les routes sont les artères de l’entrepreneuriat », a-t-il déclaré devant les lauréats.
Regards de la diaspora
Plusieurs jeunes de la diaspora ont suivi la cérémonie en visioconférence et proposé un mentorat à distance. Hervé, ingénieur logiciel installé à Montréal, veut créer une plateforme de suivi des remboursements : « l’avenir du Congo se joue autant dans les villages que dans le cloud », affirme-t-il.
Pour les observateurs, l’énergie déployée autour du FHIC illustre un basculement culturel : la nouvelle génération mise sur ses compétences, non sur la seule fonction publique. Si les business-plans aboutissent, la Lekoumou pourrait devenir un laboratoire de réussite made in Congo, inspirant d’autres départements.
