Un échange stratégique au Palais du Sénat
Vendredi 14 novembre 2025, le hall lambrissé du Palais des congrès, siège provisoire du Sénat, a accueilli une séance d’information jugée historique. L’Organisation mondiale de la Santé y a présenté aux sénateurs congolais un panorama complet des épidémies qui secouent l’Afrique centrale, et de la situation sanitaire nationale.
Cette réunion, inscrite dans la septième session ordinaire de la quatrième législature, répond à l’invitation du Président de la chambre haute, Pierre Ngolo, soucieux de doter les élus d’outils scientifiques solides pour épauler le Gouvernement dans la prévention et la gestion des urgences sanitaires.
Menaces épidémiques et priorités nationales
Face aux parlementaires, le Représentant de l’OMS au Congo, Dr Vincent Dossou Sodjinou, a dressé l’inventaire des principales menaces : flambées récurrentes de fièvre hémorragique, résurgence possible de maladies respiratoires et progression des zoonoses qui défient les capacités de surveillance de plusieurs pays voisins.
Le médecin a rappelé que la République du Congo, malgré les progrès récents, demeure exposée aux chocs sanitaires régionaux. « La préparation doit être constante », a-t-il insisté, indiquant que des investissements ciblés dans la veille épidémiologique et la réponse rapide sauveront des vies et renforceront la confiance citoyenne.
Une reconnaissance des efforts gouvernementaux
Selon lui, cette vigilance rejoint la priorité fixée par le Président Denis Sassou Nguesso, qui a fait de la santé pour tous un pilier du développement national. Le Premier ministre place la santé au premier rang du programme gouvernemental, rappelant l’importance d’anticiper toute crise pour préserver la stabilité économique.
Le Dr Sodjinou a, par ailleurs, salué « le leadership pragmatique » du ministre de la Santé et de la Population, Pr Jean-Rosaire Ibara, dans la planification et la mise en œuvre des campagnes de vaccination, du dépistage communautaire et de la modernisation des structures de soins.
Les parlementaires au cœur de la prévention
Après l’exposé, les sénateurs ont égrené questions et observations, insistant sur la nécessité d’une coordination « sans faille » entre pouvoirs publics et partenaires techniques. « Le Sénat garantit à l’OMS tout le soutien possible pour l’accomplissement de ses missions », a martelé Pierre Ngolo sous les applaudissements d’une assemblée attentive.
Le président de la Chambre haute a également rappelé le rôle central des collectivités locales. Pour lui, les maires et les conseils départementaux constituent la première ligne d’information, capable de transformer les messages de prévention en habitudes de vie, notamment dans les zones rurales où l’accès aux infrastructures reste limité.
OMS et Congo : un partenariat qui se renforce
Côté OMS, l’accent est mis sur le transfert de compétences. Des formations ciblées en gestion des incidents, en logistique de laboratoire et en communication de risque sont déjà planifiées, de manière à doter chaque département d’équipes opérationnelles capables d’une alerte en moins de vingt-quatre heures.
L’Organisation ne cache pourtant pas les défis financiers qui pèsent sur son fonctionnement international. Les gouvernements, a rappelé le Représentant, sont invités à contribuer davantage au fonds flexible de l’agence afin d’assurer la continuité des programmes, même en période de baisse de l’aide extérieure.
Capacités de surveillance à consolider
Au plan domestique, le Congo dispose d’un réseau de laboratoires en expansion. Toutefois, les sénateurs ont souligné la nécessité d’achever la réhabilitation de certains plateaux techniques et d’étendre la connexion numérique, pour garantir une remontée instantanée des données depuis les postes de santé les plus isolés.
Plusieurs élus ont également plaidé pour un budget dédié à la réserve stratégique de médicaments et d’intrants, afin d’éviter toute rupture au cours d’une flambée. Le ministère des Finances étudie, selon eux, un mécanisme d’achats anticipés assorti d’exonérations douanières pour les produits de première urgence.
Une gouvernance sanitaire éclairée
La démarche illustre l’émergence d’une gouvernance sanitaire éclairée, où le législateur ne se contente plus d’adopter des textes, mais assure un suivi régulier de leur impact sur le terrain. Cette proximité avec les réalités opérationnelles renforce la crédibilité des institutions et nourrit un cercle vertueux de confiance.
Le Dr Sodjinou estime que cette dynamique parlementaire constitue « un exemple pour la sous-région ». Selon lui, d’autres pays d’Afrique centrale pourraient s’en inspirer afin d’ancrer la santé dans les agendas budgétaires et de coordination multisectorielle.
Prochaines étapes et suivi parlementaire
La séance a enfin permis de mettre en lumière les attentes des élus vis-à-vis des partenaires techniques. Ils souhaitent davantage d’ateliers décentralisés, des outils didactiques en langues locales et un partage régulier d’analyses pour que les commissions thématiques puissent anticiper plutôt que réagir.
En clôturant les travaux, Pierre Ngolo a donné rendez-vous à l’OMS pour une évaluation intermédiaire dans six mois. D’ici là, chaque commission devra présenter un rapport sur l’état d’avancement des recommandations formulées, un exercice qui devrait ancrer durablement la culture de résultats au sein du Parlement.
Pour l’OMS, le partenariat scellé avec la chambre haute renforce l’espoir de disposer, au Congo, d’un système de santé résilient, capable de protéger durablement la population contre les risques émergents et récurrents. Le dialogue permanent demeure désormais le meilleur vaccin contre l’imprévu.
