Visite canadienne stratégique à Brazzaville
Brazzaville, le 10 novembre. Luc Joseph Okio, ministre délégué auprès du Premier ministre chargé de la Réforme de l’État, a accueilli une délégation de l’École nationale d’administration publique du Canada, déterminée à partager son savoir-faire en gouvernance.
Conduite par Louise Picard, coordinatrice de la coopération internationale, et Stéphanie Simard, conseillère aux affaires internationales, l’équipe a immédiatement affiché sa volonté d’accompagner les projets de modernisation administrative lancés par le gouvernement congolais.
Un contexte marqué par le PSRE 2025-2029
Cette mission s’inscrit dans l’axe 2 du Plan stratégique de la réforme de l’État, horizon 2025-2029, consacré à la rationalisation de l’administration publique et à la professionnalisation de la gestion des ressources humaines.
Pour Luc Joseph Okio, l’objectif est clair : bâtir des institutions performantes, capables de délivrer un service public fiable et mesurable, tout en renforçant la confiance des citoyens et des partenaires de développement internationaux.
Cinq jours pour cartographier les besoins
Durant cinq jours, l’équipe canadienne prévoit une série de séances de travail avec des responsables ministériels, des représentants du secteur privé et des organisations de la société civile.
Ces échanges devront identifier des domaines précis de coopération : diagnostics institutionnels, formation des cadres, digitalisation des procédures, mais aussi diffusion d’une culture de la performance dans chaque direction.
Selon Louise Picard, l’enjeu est de « converger rapidement vers un plan d’actions réaliste, étalé sur plusieurs phases, afin d’obtenir des résultats visibles dès la première année de mise en œuvre ».
L’expertise de l’ENAP détaillée
Fondée en 1969, l’ENAP s’est forgé une réputation mondiale en gestion publique, grâce à son approche mêlant recherche appliquée et accompagnement des administrations nationales et locales.
Ses formateurs privilégient des méthodes interactives : études de cas, ateliers participatifs, mentorat individualisé, autant d’outils appréciés par les décideurs congolais en quête de solutions concrètes et adaptées au contexte.
Attentes congolaises et culture de la performance
Le ministre Okio insiste sur la nécessité d’institutionnaliser l’évaluation de l’action publique, afin que chaque programme soit assorti d’indicateurs clairs et d’une reddition régulière des comptes.
Il souligne également l’importance de consolider la mobilité des agents, d’encourager la formation continue et de moderniser les outils de pilotage, notamment grâce aux technologies numériques.
De leur côté, les expertes canadiennes saluent la vision du PSRE et rappellent que la réussite d’une réforme tient autant à l’engagement politique qu’à la capacité d’exécution au quotidien.
Premières répercussions pour usagers et entreprises
À moyen terme, le citoyen devrait bénéficier de procédures plus simples, de délais raccourcis et d’une meilleure transparence dans la délivrance des actes administratifs.
Pour les entreprises, la modernisation promise ouvre la perspective d’un environnement des affaires plus fluide, gage d’attractivité et de compétitivité pour l’économie nationale.
Mobilisation des acteurs locaux
Les directeurs départementaux, réunis en amont, ont listé plusieurs attentes : simplification des chaînes de décision, uniformisation des manuels de procédures et usage accru des plateformes numériques pour réduire les déplacements administratifs coûteux.
Des représentants de la Chambre de commerce de Pointe-Noire ont, pour leur part, insisté sur la délivrance plus rapide des licences et sur l’interopérabilité future entre registres d’entreprises, douanes et guichets fiscaux.
Un intérêt partagé pour la formation des cadres
Au cœur des discussions, la création d’un programme exécutif bilingue pourrait voir le jour, combinant modules en ligne et sessions immersives, afin de toucher rapidement un millier d’agents issus de ministères clés.
L’ENAP propose de mobiliser un réseau de professeurs associés originaires d’Afrique francophone, jugé pertinent pour favoriser le transfert de compétences et garantir une appropriation culturelle des méthodes.
Enjeux régionaux et diplomatie
Ce partenariat s’inscrit aussi dans la dynamique diplomatique qui lie le Congo et le Canada, les deux pays partageant des positions convergentes sur la promotion de l’État de droit et la gestion durable des ressources publiques.
Étapes suivantes et élargissement du partenariat
Une fois les axes de coopération validés, un mémorandum d’entente pourrait être signé, prévoyant des formations sur mesure, des missions d’experts et un suivi trimestriel des progrès.
Le ministre Okio envisage déjà d’impliquer d’autres partenaires techniques, afin d’assurer une montée en compétence harmonisée sur l’ensemble du territoire et de capitaliser sur les résultats obtenus avec l’appui canadien.
De son côté, l’ENAP voit dans ce projet un laboratoire d’innovation publique susceptible d’inspirer d’autres pays d’Afrique centrale engagés dans des dynamiques similaires de modernisation.
Les conclusions de la mission seront présentées en fin de semaine lors d’une restitution officielle, avant d’être soumises au Conseil des ministres pour validation et allocation budgétaire.
Voix de la société civile
Les organisations citoyennes invitées aux ateliers ont salué la transparence accordée au processus, tout en rappelant l’importance d’impliquer les usagers finaux dans la conception des services.
Elles espèrent que les indicateurs de suivi intégreront des critères de satisfaction des femmes, des jeunes et des personnes vivant avec un handicap, afin de renforcer l’inclusivité des politiques publiques.
Calendrier et financements
Le calendrier prévisionnel évoqué table sur un lancement officiel des premières formations dès le deuxième trimestre de l’an prochain, sous réserve de la finalisation des allocations budgétaires et des mécanismes de cofinancement en discussion.
