Sacre continental pour Pointe-Noire
Le Port de Pointe-Noire vient de décrocher le titre de meilleur transit conteneurs aux Awards des Ports Africains, lors de la 9ᵉ édition organisée à Abidjan en marge du 45ᵉ Conseil annuel de l’AGPAOC. Une reconnaissance saluée par toute la communauté maritime sous-régionale.
Ce trophée récompense les performances 2024 du terminal congolais, qui a consolidé son rôle charnière entre les économies de l’Afrique centrale et les lignes océaniques. Grâce à une cadence fluide, le port a séduit armateurs, importateurs et logisticiens à la recherche d’un hub fiable.
Un prix révélateur d’une dynamique régionale
Décerné par un jury d’experts portuaires africains et internationaux, le prix estime non seulement le volume traité, mais aussi la qualité de l’intégration logistique offerte aux États voisins dépourvus d’accès direct à la mer, comme la Centrafrique ou le Tchad.
Les données compilées par l’AGPAOC montrent que Pointe-Noire a franchi, pour la troisième année consécutive, le seuil symbolique du million d’EVP manutentionnés. Cette dynamique place le site congolais en tête des ports en eau profonde du golfe de Guinée.
Des investissements massifs et ciblés
Derrière cette performance, un programme d’investissements massif: plus de 350 millions d’euros injectés depuis la concession de 2009 pour moderniser le terminal à conteneurs, allonger la jetée et doter les quais de grues géantes capables de servir les navires de dernière génération.
Anthony Samzun, directeur général de Congo Terminal, rappelle que ces efforts visent à faire de Pointe-Noire « la porte océane de l’Afrique centrale ». Selon lui, la fiabilité des équipements et la formation continue du personnel constituent les piliers de cette ambition durable.
Le terminal a été certifié ISO 9001 pour la qualité, ISPS pour la sûreté et Green Terminal pour son engagement environnemental. Ces labels internationaux renforcent la confiance des armateurs et s’inscrivent dans la stratégie gouvernementale d’amélioration du climat des affaires.
Le partenariat public-privé en action
Pour Séraphin Bhalat, directeur général du Port Autonome de Pointe-Noire, le résultat couronne un partenariat public-privé « exemplaire ». Il souligne que l’État, actionnaire majoritaire, et l’opérateur privé partagent une même vision de service ouvert à toute la sous-région.
Concrètement, les redevances versées au Trésor soutiennent les projets d’infrastructures nationales, tandis que les emplois créés – près de 900 postes directs – consolident le tissu social local. Les syndicats saluent la politique de promotion interne qui valorise la main-d’œuvre congolaise qualifiée.
Retombées économiques pour la sous-région
Au-delà des frontières congolaises, le corridor Pointe-Noire-Brazzaville-Bangui-Ndjamena gagne en fluidité. Les transporteurs estiment qu’un conteneur met désormais sept jours de moins pour atteindre la capitale centrafricaine, réduisant les coûts logistiques de près de 15 % pour les commerçants.
Cette compétitivité accrue attire de nouvelles cargaisons minières et agricoles provenant du nord-Congo, de la Sangha jusqu’à la Cuvette. Les exportateurs de grumes, cacao et manganèse profitent de tarifs de manutention négociés, favorisant la diversification économique voulue par les autorités.
Selon les observateurs, chaque point de croissance du trafic génère un effet multiplicateur sur les services douaniers, les sociétés de transit et les PME de logistique urbaine. Brazzaville et Pointe-Noire voient émerger des start-ups spécialisées dans le suivi numérique des cargaisons.
Projet Môle Est : cap sur la phase 2
Pour maintenir l’avance prise, Congo Terminal déploie la phase 2 de son plan d’extension: 400 millions d’euros investis dans une nouvelle plateforme au Môle Est. Le chantier prévoit 800 mètres supplémentaires de quai et un terre-plein capable d’accueillir 450 000 EVP.
Les premiers pieux ont été posés en septembre, dans le respect des normes environnementales. Des systèmes de récupération des eaux usées et d’alimentation électrique par branchement à quai limiteront les émissions de gaz à effet de serre des navires à l’arrêt.
Le calendrier officiel table sur une mise en service progressive dès fin 2026, ce qui porterait la capacité totale du port à 2 millions d’EVP par an. Les autorités congolaises y voient un atout majeur pour accompagner l’industrialisation naissante.
Congo Terminal, un opérateur engagé
Filiale d’Africa Global Logistics, Congo Terminal opère en régime de concession jusqu’en 2049. L’entreprise affiche 85 % de cadres et techniciens congolais, gage d’ancrage local. Ses programmes de bourses soutiennent chaque année des étudiants des lycées techniques de Pointe-Noire.
L’opérateur multiplie aussi les actions vertes, de la reforestation du littoral à des campagnes de nettoyage des plages. Il ambitionne la neutralité carbone d’ici 2035, en phase avec les engagements climatiques nationaux présentés lors de la COP 27 à Charm el-Cheikh.
Avec cette distinction et un carnet de projets bien rempli, Pointe-Noire confirme sa place stratégique dans le commerce extérieur du Congo et de toute la sous-région. Les prochaines années diront jusqu’où le port saura transformer ce potentiel en nouveaux emplois et revenus.
Les analystes estiment déjà qu’une hausse de 10 % du trafic conteneurs pourrait augmenter de 0,5 point le PIB national, par effet d’entraînement sur les assurances, la bancassurance et le secteur des services. Un cercle vertueux que Brazzaville entend entretenir.
