La Crca fixe la barre internationale
La capitale congolaise a accueilli, du trois au cinq décembre, la 35e réunion de la Commission régionale africaine de certification pour l’éradication de la poliomyélite, organe consultatif de l’Organisation mondiale de la santé chargé de valider le statut polio-free des États.
La session a débouché sur un appel pressant: élaborer et appliquer au Congo un plan de confinement des poliovirus conforme aux standards internationaux, condition jugée indispensable pour préserver le statut de pays indemne et approcher l’éradication mondiale fixée à court terme.
Devant les délégués, le rapporteur, Dr Casimir Manengu, a listé des mesures précises, allant du renforcement de la surveillance environnementale à la traçabilité stricte des échantillons biologiques, afin d’éviter toute fuite accidentelle de virus stockés dans les laboratoires.
Le contexte reste sensible: des flambées de poliovirus dérivés de souches vaccinales continuent d’être signalées dans plusieurs pays voisins, rappelant que la moindre brèche peut ruiner des années d’efforts et de financements consacrés à la santé publique.
Surveillance environnementale sous haute vigilance
En première ligne, la surveillance environnementale consiste à rechercher la présence de virus dans l’eau usée et les cours d’eaux très fréquentés. Au Congo, quatre sites sont déjà actifs, mais la Commission recommande d’intensifier les prélèvements et de former davantage les techniciens.
Un suivi régulier doit, selon elle, être soutenu par des supervisions trimestrielles. Celles-ci permettront de vérifier le respect du protocole de prélèvement, la chaîne de froid et la documentation, trois maillons critiques pour juger de la fiabilité des données collectées.
La commission insiste aussi sur la nécessité d’un système d’expédition des échantillons plus fluide. Les spécimens positifs doivent parvenir sous soixante-douze heures au laboratoire régional de référence basé à Kinshasa, sans retards bureaucratiques ni ruptures de température.
Cinq pertes d’échantillons survenues cette année entre Brazzaville et la capitale congolaise voisine ont d’ailleurs été déplorées. L’incident, jugé «inacceptable» par les experts, a motivé la demande d’un dispositif informatique de traçage en temps réel.
Vaccination de routine, le bouclier prioritaire
Malgré une tendance globale favorable, la couverture vaccinale reste en-dessous du seuil de sécurité de 95 %. Les rapports officiels pointent des zones rurales où moins de huit enfants sur dix ont reçu les trois doses de valence orale.
Pour inverser la courbe, le ministère de la Santé prépare, avec les partenaires, un rattrapage vaccinal ciblé au premier trimestre, misant sur les mobilisateurs communautaires et la mise à disposition gratuite des vaccins dans tous les centres intégrés.
Le professeur Donatien Moukassa, représentant du ministre, a rappelé que chaque alerte poliomyélitique sera désormais suivie d’une campagne en anneau couvrant l’ensemble des quartiers concernés sous quatorze jours, afin de couper rapidement la chaîne de transmission.
«L’éradication de la polio reste à notre portée, pourvu que nous agissions avec rigueur et constance», a-t-il insisté, saluant la solidarité des bailleurs et le soutien technique de l’OMS, de l’Unicef et de l’Alliance Gavi.
Coordination transfrontalière renforcée
Les experts considèrent les mouvements de population comme la principale menace d’importation. Les frontières nord et ouest, poreuses, voient passer des commerçants, des réfugiés et des transporteurs dont la couverture vaccinale n’est pas toujours documentée.
Le représentant de l’OMS, Dr Vincent Dossou Sodjinou, a appelé à maintenir la collaboration avec le Tchad et le Soudan, initiée lors de la riposte humanitaire contre les épidémies de 2022, et à étendre ce mécanisme aux postes avec l’Angola et le Cameroun.
Des fiches de notification harmonisées, traduites en français et en anglais, ont été adoptées pour faciliter le partage rapide d’informations sur tout cas suspect détecté dans la zone frontalière, qu’il s’agisse d’un enfant ou d’un adulte.
En parallèle, le contrôle sanitaire des points d’entrée a été renforcé. Des agents formés prennent la température des voyageurs et proposent sur place une dose orale aux personnes non immunisées, mesure jugée efficace et bien acceptée par les communautés.
Vers un plan national de confinement conforme
La dernière recommandation, jugée stratégique, porte sur le confinement des souches de poliovirus dans les laboratoires agréés. Le Congo devra dresser un inventaire complet des installations manipulant ou stockant des matériaux infectieux, puis évaluer leur conformité aux niveaux de biosécurité requis.
Un groupe de travail interministériel sera nommé pour rédiger le plan d’ici avril, avec l’appui du laboratoire national de santé publique et du bureau de l’OMS à Brazzaville. L’objectif est d’obtenir la validation de la Commission régionale avant la fin de l’année.
Les bailleurs se disent prêts à financer la mise à niveau des équipements, notamment des autoclaves et des armoires de confinement, évaluée à près d’un milliard de francs CFA. Cette modernisation bénéficiera à l’ensemble du réseau de laboratoires, au-delà de la poliomyélite.
En refermant les travaux, la Commission a salué la volonté politique affichée par les autorités congolaises et a encouragé tous les partenaires à maintenir un soutien coordonné. Brazzaville espère désormais devenir un modèle régional de bonne gestion du risque biologique.
