Brazzaville au centre de la stratégie polio africaine
Pendant quatre jours, du 2 au 5 décembre 2025, Brazzaville a accueilli la 35ᵉ réunion de la Commission régionale africaine de certification pour l’éradication de la poliomyélite, réunissant experts, décideurs et partenaires autour d’un objectif commun : éliminer définitivement le virus du continent.
Les délégations d’Angola, d’Éthiopie, du Sénégal, du Tchad et du Congo ont examiné les progrès enregistrés depuis la session 2024 de Dar es Salaam, partagé leurs expériences terrain et actualisé une feuille de route exigeante mais jugée atteignable par l’ensemble des participants.
La séance d’ouverture présidée par le Dr Jean-Claude Moboussé a mis l’accent sur la coordination multisectorielle, tandis que le Professeur Donatien Mounkassa a clôturé les travaux en saluant « l’esprit de rigueur et de solidarité » qui a prévalu durant les échanges.
Flambées régionales et nécessités de surveillance
Malgré les avancées, des flambées de poliovirus circulant touchent encore le bassin du lac Tchad et l’Angola, et des échantillons positifs viennent d’être signalés en Namibie, rappelant la fragilité de la victoire annoncée.
La commission martèle que seule une combinaison renforcée de surveillance épidémiologique, de ripostes rapides et d’une vaccination systématique couvrant plus de 90 % des enfants permettra d’atteindre une Afrique réellement exempte de poliomyélite.
Défis identifiés pour la riposte congolaise
Au Congo, près de vingt cas détectés depuis 2023 traduisent une circulation discrète du virus, principalement aux frontières et dans les localités accueillant des réfugiés où les campagnes ordinaires peinent à atteindre chaque foyer.
Les données montrent une couverture vaccinale inférieure au seuil protecteur dans plusieurs districts du Nord-Est et du Kouilou, zones caractérisées par une forte mobilité vers l’Angola, la RDC et le Cameroun.
Par ailleurs, la surveillance environnementale reste limitée ; cinq échantillons expédiés au laboratoire de Kinshasa se sont perdus, réduisant la capacité de détection et retardant les contre-mesures en cas de circulation active.
L’absence d’un plan national de confinement conforme aux normes internationales pourrait, selon les experts, ralentir la certification finale si une introduction de nouvelles souches se produisait.
Feuille de route recommandée par la C.R.C.A.
Face à ces défis, la C.R.C.A. recommande un pilotage national plus affirmé, un financement domestique progressif et une meilleure coordination transfrontalière pour partager informations, stocks de vaccins et équipes mobiles en temps réel.
Le Professeur Mounkassa a confirmé que le Congo s’engageait à renforcer la surveillance, à intensifier la vaccination de routine et à déclencher des ripostes ciblées dès la moindre alerte, avec l’appui de l’OMS et de l’UNICEF.
Engagement financier et soutien des partenaires
Le ministère des Finances annonce une hausse du budget du Programme élargi de vaccination, passant de six à huit milliards de francs CFA en 2026, afin de financer l’achat de vaccins inactivés, le carburant des brigades mobiles et la formation des agents communautaires.
La présidente de la C.R.C.A., Professeure Rose Gana Fomban Léké, salue la modernisation du réseau national de laboratoires et l’introduction du séquençage rapide, tout en rappelant l’émergence récente de variants de types 1 et 3 en Algérie et à Djibouti.
Mobilisation communautaire et lutte contre les rumeurs
Pour André Yameogo, coordonnateur régional de l’UNICEF, la mobilisation communautaire est cruciale ; l’agence prépare une campagne de communication de proximité et renforce la chaîne du froid pour atteindre même les villages fluviaux les plus isolés.
Les experts insistent sur le rôle des leaders religieux, des associations de femmes et des réseaux de jeunes pour contrer les rumeurs sur les réseaux sociaux et restaurer la confiance dans le vaccin après la fatigue post-Covid.
Calendrier et perspective de certification africaine
Sur le plan opérationnel, l’offre de vaccination polio sera couplée aux consultations prénatales et à la distribution de vitamine A, une approche intégrée jugée efficace pour augmenter la fréquentation des centres de santé périphériques.
Chaque pays devra transmettre des rapports trimestriels détaillant la qualité des campagnes, la rapidité d’investigation des paralysies flasques aiguës et l’état des stocks de vaccins oraux et inactivés ; la prochaine évaluation régionale est fixée à 2026.
Si les jalons sont tenus, l’Afrique pourrait confirmer l’interruption durable de la transmission autochtone et s’acheminer vers la certification mondiale. Le chemin reste exigeant, mais la dynamique observée à Brazzaville nourrit un optimisme mesuré.
