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    Accueil»Politique»Nucléaire en Afrique : et si l’atome éclairait enfin les nuits du continent ?
    Politique

    Nucléaire en Afrique : et si l’atome éclairait enfin les nuits du continent ?

    Publié par Jean-Bosco Makaya02/07/2025
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    La pénurie d’électricité, talon d’Achille du décollage africain

    On l’oublie parfois dans les chancelleries européennes : sur les quelque 1,4 milliard d’Africains, plus de 600 millions demeurent privés d’accès fiable à l’électricité. Cette vulnérabilité énergétique bride l’industrialisation, fragilise les systèmes de santé et ralentit la transformation numérique du continent. Le Pacte pour l’accès universel d’ici 2030, endossé par l’Union africaine, suppose le raccordement de près de 80 millions de personnes par an. Or l’Afrique, qui abrite 17 % de la population mondiale, ne produit encore qu’environ 3 % de l’électricité planétaire. L’urgence n’est plus à démontrer : sans saut quantique dans la capacité de production, la promesse d’une croissance inclusive restera lettre morte.

    Des réacteurs de troisième génération qui rebattent les cartes de la sûreté

    Les réserves à l’égard de l’atome – coût, sécurité, déchets, perception publique – sont légitimes. Cependant, l’essor des technologies dites à sûreté intrinsèque change la donne. Les systèmes de refroidissement passif de l’AP1000 ou les cœurs faiblement pressurisés des petits réacteurs modulaires réduisent drastiquement le risque d’accident majeur. Les statistiques internationales rappellent qu’avec 0,03 décès par térawattheure produit, le nucléaire demeure l’une des sources les plus sûres, devant le charbon, le pétrole ou même la biomasse. Quarante ans d’exploitation sans incident significatif à Koeberg, en Afrique du Sud, attestent de la faisabilité d’une filière maîtrisée sur le continent.

    Des modèles étrangers à forte valeur pédagogique

    En l’espace d’une génération, la Corée du Sud est passée du statut d’importatrice d’expertise à celui d’exportatrice de réacteurs, tout en abaissant son intensité carbone. La France, souvent invoquée pour la stabilité de son réseau, tire près de 70 % de son électricité de ses centrales. Plus récemment, le Bangladesh – au PIB par habitant comparable à celui de plusieurs économies subsahariennes – a lancé son premier site avec un consortium russe. Ces trajectoires illustrent qu’un pays à revenu intermédiaire peut, s’il arrime gouvernance réglementaire et transfert de compétences, intégrer l’atome dans son mix.

    Une dynamique africaine déjà bien engagée

    Le continent ne part pas d’une page blanche. L’Égypte érige à El Dabaa quatre réacteurs de 1 200 MW chacun, tandis que le Ghana affine, avec NuScale Power, l’implantation de petits réacteurs modulaires destinés à sécuriser la fourniture électrique des corridors miniers. Sept États – Égypte, Rwanda, Ghana, Ouganda, Afrique du Sud, Nigeria, Zambie – ont officiellement entamé le processus de déploiement ou d’extension de programmes nucléaires civils. D’autres, tels que le Maroc, le Kenya ou la Namibie, ont inscrit la technologie dans leur plan d’industrialisation à l’horizon 2040. L’impression d’un mouvement encore discret masque en réalité une maturation institutionnelle accélérée.

    Le Congo-Brazzaville : ambitions mesurées, atouts singuliers

    Dans cette reconfiguration, le Congo-Brazzaville émerge comme un acteur attentif, animé par la volonté de diversifier un mix aujourd’hui dominé par l’hydroélectricité et les hydrocarbures. Les autorités de Brazzaville ont mandaté un groupe d’experts pour évaluer la pertinence de petits réacteurs modulaires capables de sécuriser l’alimentation des futures zones économiques spéciales. Les discussions exploratoires menées avec des partenaires russes et chinois laissent entrevoir une solution progressive, limitée à des unités de 300 à 400 MW, particulièrement adaptées aux réseaux nationaux de taille moyenne. Les diplomates notent que cette démarche s’inscrit dans la stratégie de développement durable portée par le président Denis Sassou Nguesso, soucieux de conjuguer transition énergétique et stabilité macroéconomique.

    Financement, formation, régulation : le triptyque de la crédibilité

    Reste le nerf de la guerre : un réacteur conventionnel exige un ticket d’entrée de plusieurs milliards de dollars, même si le coût actualisé de l’électricité devient ensuite compétitif. Les bailleurs multilatéraux, longtemps frileux face à l’atome, affichent désormais un pragmatisme croissant, à l’image de la Banque africaine de développement qui n’exclut plus d’accompagner les projets respectant les standards de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Parallèlement, la formation de cadres nucléaires africains se consolide via les partenariats Sud-Sud ; des ingénieurs congolais bénéficient déjà de bourses au Maroc et en Corée du Sud. Sur le front réglementaire, la Commission africaine de l’énergie nucléaire, basée à Pretoria, élabore un cadre harmonisé destiné à prévenir la prolifération et à encadrer la gestion des combustibles usés. C’est l’ultime condition pour que la promesse d’une électricité bas-carbone, disponible 24 h / 24, se matérialise sans compromettre la sécurité régionale.

    Une fenêtre d’opportunité, mais un calendrier serré

    À mesure que les coûts des technologies renouvelables dégringolent, l’Afrique doit arbitrer rapidement entre multiplication de centrales solaires intermittentes et mise en service de sites nucléaires capables d’assurer la base-load. L’équation se joue aussi sur le terrain diplomatique : un continent énergétiquement autonome pèsera d’un poids nouveau dans les négociations climatiques et industrielles. L’option nucléaire, encore minoritaire, pourrait devenir un marqueur de souveraineté. Pour les capitales africaines, l’enjeu n’est pas une course symbolique à la première mise en service mais l’établissement, d’ici la fin de la décennie, des chaînes de valeur locales – de la maintenance à la fabrication de composants – indispensables à une appropriation durable.

    Vers un mix électrique africain enfin à la mesure des ambitions continentales

    L’énergie demeure le socle de tout projet politique et économique. Le détour par l’atome n’est pas un dogme, mais une option stratégique parmi d’autres pour équilibrer sécurité d’approvisionnement, compétitivité industrielle et impératif climatique. Dans les couloirs du siège de l’Union africaine, l’idée fait son chemin : l’Afrique ne pourra indéfiniment exporter son uranium tout en important des générateurs diesel. En envisageant résolument le nucléaire civil, les dirigeants – au premier rang desquels ceux du Congo-Brazzaville – envoient un signal clair : l’heure est venue pour le continent de convertir ses ressources et ses capacités scientifiques en influence structurante. L’histoire retiendra peut-être que c’est à l’aube des années 2020 que l’Afrique a choisi d’éclairer ses propres nuits en maîtrisant la plus dense des énergies.

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