Brazzaville se met à l’heure de « Novembre Bleu »
Sous un ciel matinal légèrement voilé, près d’une centaine d’agents de l’Agence de régulation des transferts de fonds ont chaussé baskets et tee-shirts bleu azur pour lancer, dans les rues de Brazzaville, la campagne « Novembre Bleu » dédiée aux cancers masculins.
L’opération s’inscrit dans la continuité d’« Octobre Rose », qui avait mobilisé le personnel autour de la santé féminine, et traduit la volonté de l’institution de parler sans tabou de prévention, quel que soit le genre.
Un parcours de 10 km au cœur de la capitale
Partis du siège de l’agence à Mikalou, les marcheurs ont traversé les Sapins-Pompiers, longé le CHU, contourné la Patte-d’Oie, salué le stade Alphonse-Massamba-Débat, puis effleuré la Présidence et le ministère des Finances avant de boucler leurs dix kilomètres.
Le cortège, encadré par la police municipale et des secouristes, a mis un peu moins de deux heures pour boucler l’itinéraire dans la bonne humeur, au rythme de slogans rappelant l’importance d’un dépistage précoce pour la prostate et les testicules.
Santé masculine : un enjeu encore méconnu
Au Congo comme ailleurs, les affections masculines restent sous-diagnostiquées, faute de consultation régulière et de discours adaptés aux spécificités locales, souligne le Dr Moubie Stéphane Siméon, urologue invité pour l’occasion.
Selon lui, le cancer de la prostate touche majoritairement des hommes de plus de 50 ans, mais l’âge de première consultation tend à baisser, rendant indispensable une communication préventive dès la trentaine.
L’urologue rappelle que « détecté tôt, le taux de guérison dépasse 90 % », tandis que les stades avancés nécessitent des traitements lourds, parfois indisponibles localement, d’où la nécessité de bilans annuels simples et peu coûteux.
Des chiffres qui interpellent
D’après les estimations du ministère de la Santé, le Congo enregistre environ 600 nouveaux cas de cancers de la prostate chaque année, avec une mortalité proche de 40 %, un ratio jugé « perfectible » mais moindre que dans de nombreux pays voisins grâce à la gratuité de certains examens.
Les autorités rappellent que 70 % des diagnostics restent tardifs, souvent par crainte des résultats ou manque d’accès à l’information, raison pour laquelle les campagnes institutionnelles, appuyées par les médias, jouent un rôle décisif.
Le Plan national de prévention 2023-2027 prévoit d’équiper dix centres de santé en échographes dédiés et de former quarante infirmiers à l’examen clinique de première ligne, objectifs que l’Artf dit vouloir accompagner par des levées de fonds solidaires.
Renforcer la cohésion au sein de l’Artf
Pour le directeur des ressources humaines, Epenit Kazaband Rostand, la marche se veut aussi un levier d’intégration « en brisant les barrières hiérarchiques autour d’un objectif commun » et en rappelant que la santé des agents conditionne la performance de leur service.
Réunis en tête du peloton, cadres et chauffeurs se sont relayés pour porter la banderole officielle, image symbolique d’une organisation qui entend conjuguer régulation financière et responsabilité sociétale.
La voix des spécialistes sur le dépistage
Après l’effort, place à l’échange : dans la salle polyvalente de l’agence, le Dr Moubie a animé une conférence interactive autour de la prostate, des symptômes d’alerte comme les troubles urinaires et des examens disponibles dans les structures publiques comme privées.
Il a insisté sur le dosage du PSA, accessible à partir de 5 000 FCFA, et sur le toucher rectal, geste rapide mais encore objet de préjugés, qu’il faut démystifier par l’éducation sanitaire.
Des questions ont fusé sur l’alimentation, l’activité physique, la consommation d’alcool ou de tabac, autant de facteurs de risque modulables qui, associés à un suivi médical, peuvent repousser la survenue de la maladie.
Prochaines étapes de la mobilisation
Le directeur général de l’Artf, Basile Jean Claude Bazebi, a salué la détermination du personnel et annoncé la mise en place, avant la fin de l’année, d’un partenariat avec des cliniques locales pour des dépistages gratuits ou à tarif réduit.
Une campagne d’affichage interne et des capsules vidéo explicatives seront diffusées sur l’intranet pour ancrer les messages clés : consulter tôt, s’examiner régulièrement et parler sans gêne de sa santé.
L’organisation envisage également d’étendre les marches sportives aux antennes de Pointe-Noire, Dolisie et Ouesso, afin de toucher l’ensemble de ses 400 agents répartis sur le territoire.
En attendant, les participants de Brazzaville se disent prêts à remettre ça dès décembre, preuve que la dimension ludique de l’exercice facilite l’adhésion à des messages pourtant parfois anxiogènes.
Un engagement inscrit dans la durée
L’Artf ne compte pas s’arrêter là : d’autres thématiques, comme le diabète, l’hypertension ou la santé mentale, feront l’objet d’activités similaires tout au long de 2026, conformément à son plan RSE présenté en conseil d’administration.
En combinant sport, information médicale et cohésion sociale, l’institution entend montrer l’exemple à d’autres organismes publics ou privés, dans une capitale qui compte chaque week-end davantage d’initiatives axées sur le bien-être.
Si le pari est tenu, « Novembre Bleu » pourrait devenir un rendez-vous populaire, au même titre que les marches roses d’octobre, faisant de Brazzaville un laboratoire d’idées pour la promotion de la santé communautaire.
Un comité de suivi sera créé en janvier pour évaluer l’impact.
