La coopération sanitaire sino-congolaise se poursuit
La salle de conférence du Centre hospitalier universitaire de Brazzaville a retenti mardi 11 novembre d’applaudissements lorsque l’ambassadrice de Chine au Congo, AN Qing, a intronisé la 32e mission médicale chinoise, sous les regards des représentants du ministère de la Santé et du bureau local de l’OMS.
Cette brève cérémonie de passation, ponctuée d’un documentaire sur l’équipe sortante, a rappelé que la Chine envoie des médecins au Congo depuis 1968, signe d’une coopération ancienne que les autorités congolaises décrivent régulièrement comme un pilier de l’amélioration continue du système national de santé.
Profil et ambitions de la 32e mission médicale
Le chef de mission, le docteur Zhao Feng, chirurgien généraliste formé à Guangzhou, a déclaré venir « avec beaucoup d’espoir », promettant d’introduire des techniques mini-invasives et une télémédecine testée lors de la pandémie, tout en perpétuant l’esprit de solidarité vanté par ses prédécesseurs.
Cette 32e équipe est composée de 28 spécialistes, dont des anesthésistes, orthopédistes, obstétriciens et experts en médecine traditionnelle chinoise. Selon l’ambassade, la moyenne d’âge est de 38 ans, un indicateur jugé favorable pour la mobilité sur le terrain et l’adoption rapide d’innovations numériques.
La mission restera douze mois au Congo, renouvelables. Elle fonctionnera au rythme d’objectifs trimestriels assortis d’indicateurs de performance établis avec la direction générale des services de santé, afin d’évaluer précisément les gains en mortalité maternelle, taux de césarienne sécurisée et consultations spécialisées.
Renforcement des hôpitaux de Mfilou et Loandjili
À Brazzaville, l’hôpital de Mfilou bénéficie déjà de nouvelles lampes scialytiques, offertes par la 31e mission. Les successeurs veulent compléter l’équipement avec un scanner 16 coupes et un bloc de stérilisation, pour réduire les transferts coûteux vers le CHU central.
À Pointe-Noire, le centre hospitalier de Loandjili sera, lui, doté d’un programme pilote de chirurgie ambulatoire encadré par trois praticiens chinois et deux chirurgiens congolais. L’objectif est de libérer des lits, raccourcir les files d’attente et diminuer le risque infectieux post-opératoire.
Les deux hôpitaux fonctionnent comme établissements de référence pour deux millions d’habitants. Le ministère anticipe une augmentation de 15 % des capacités opératoires d’ici fin 2024, grâce au soutien chinois et au budget d’investissement validé lors de la dernière session parlementaire.
Transfert de compétences aux soignants congolais
Au-delà du matériel, l’ambition déclarée est de former 200 agents de santé congolais, infirmiers et médecins confondus. Les cours porteront sur l’échographie d’urgence, l’endoscopie digestive et le dosage des médicaments anticancéreux, trois domaines identifiés comme prioritaires par la commission de suivi bilatéral.
Un volet original concerne l’intégration de la médecine traditionnelle chinoise. Quatre praticiens animeront des ateliers sur l’acupuncture, la pharmacopée et la diététique, en coordination avec l’Institut national de recherche en sciences de la santé, qui y voit un moyen d’élargir la palette thérapeutique disponible.
« Nos collègues congolais sont très réceptifs. Ils nous apprennent également leurs protocoles, ce qui renforce l’esprit d’échange », note le docteur Li Yan, spécialiste en anesthésie, qui estime que le partage de bonnes pratiques reste le levier principal d’une amélioration durable des résultats hospitaliers.
Une diplomatie de la santé alignée sur le FOCAC
Sur le plan diplomatique, cette mission s’inscrit dans les « dix actions de partenariat » adoptées lors du Forum sur la coopération Afrique-Chine, prolongements du 15e Plan quinquennal chinois. Pékin fait de la santé publique un axe stratégique comparable aux infrastructures ou aux télécommunications.
Pour Brazzaville, le prolongement de cette coopération répond à la feuille de route du Plan national de développement 2022-2026, qui place l’accès aux soins et la modernisation hospitalière au cœur des objectifs sociaux. Le gouvernement considère les missions étrangères complémentaires du budget domestique récemment renforcé.
Des analystes locaux soulignent toutefois que la durabilité du programme dépendra de l’ancrage administratif. « La prochaine étape est d’institutionnaliser le suivi des équipements livrés pour éviter un effet yoyo », estime l’économiste de la santé Jean-Claude Mabiala, favorable à une cellule mixte d’entretien préventif.
Le bureau de l’OMS à Brazzaville, siège régional pour l’Afrique, prévoit d’intégrer la mission chinoise à ses programmes de surveillance épidémiologique, notamment sur la tuberculose et le paludisme. Une base de données partagée facilitera l’alerte précoce et la diffusion de protocoles de contrôle renforcé.
Attentes des patients et perspectives pour 2024
Sur le terrain, patients et familles se montrent prudemment optimistes. À Mfilou, Germaine, mère de trois enfants, confie qu’un service d’imagerie plus rapide « évitera d’aller jusqu’à Makélékélé pour un simple scanner », un trajet qui représentait souvent une journée complète de perte de revenu.
Dans les couloirs de Loandjili, le docteur Mvouba rappelle que la réduction du temps d’hospitalisation « libérera des places pour les urgences pédiatriques », sectorisation où la ville portuaire enregistre la plus forte demande. Il prédit un bénéfice visible dès le second semestre 2024.
Alors que la 32e mission entame ses premières consultations, l’ensemble des acteurs s’accorde pour qualifier la coopération sino-congolaise d’exemple de « diplomatie gagnant-gagnant ». Les prochains mois permettront de juger si la promesse d’une santé plus accessible se traduit en indicateurs concrets pour les ménages.
