Un rendez-vous stratégique à Lomé
Pour la première fois, le forum Royaume-Uni-Afrique francophone s’est tenu sur le continent, les 12 et 13 novembre 2025, réunissant plus de 700 décideurs à Lomé. Cofinancé par le Foreign Commonwealth & Development Office et UK Export Finance, l’événement a placé le partenariat économique au cœur des débats.
Les délégations provenaient de onze pays, dont la République du Congo, avides d’explorer des coopérations plus équilibrées avec Londres. Infrastructures, logistique, agrobusiness et transition énergétique ont animé deux jours d’ateliers, ponctués de rendez-vous B2B qui ont tourné à plein régime dans l’enceinte du Centre des conférences de Lomé.
Une présence congolaise remarquée
Conduite par la ministre de l’Économie, du Plan et de la Coopération internationale, Ingrid Olga Ghislaine Ebouka-Babackas, la délégation congolaise a profité du forum pour mettre en avant les atouts de Brazzaville. « Notre priorité est de transformer les engagements en projets concrets », a-t-elle déclaré en séance plénière.
Le stand congolais, copiloté avec l’Agence de promotion des investissements, a présenté dix fiches-projets couvrant ports secs, routes rurales, hub numérique et unités de transformation agricole. Plusieurs PME de Pointe-Noire ont pitché devant des hedge funds et des family offices britanniques en quête de deals à fort impact.
Financer les infrastructures, accélérateur de compétitivité
Faure Gnassingbé a appelé à bâtir un « pont de prospérité » entre Londres et l’espace francophone. Pour Brazzaville, la question est urgente : près de 60 % du réseau routier national nécessite une réhabilitation. UKEF a rappelé ses capacités de garantie jusqu’à 2,5 milliards de livres pour la sous-région.
Le Congo a présenté le projet d’autoroute nationale 3, reliant la capitale à la frontière gabonaise, évalué à 820 millions de dollars. Selon un conseiller du ministère des Finances, des discussions préliminaires ont eu lieu avec deux banques commerciales britanniques pour structurer un prêt adossé aux recettes portuaires futures.
PME et chaînes de valeur locales
Au-delà des grands chantiers, le forum a insisté sur le rôle des petites et moyennes entreprises. La Chambre de commerce du Congo a signé une lettre d’intention avec la Confederation of British Industry pour un programme d’échanges de mentors visant 100 PME, dans l’agro-transformation et le numérique.
« Nous voulons passer d’une logique d’assistance à une logique d’investissement créateur de valeur », a martelé Faure Gnassingbé. Les responsables congolais y voient l’occasion de renforcer la production locale de manioc transformé, dont la demande grimpe dans les grandes surfaces de Brazzaville et de Kinshasa.
Transition énergétique : opportunités pour Pointe-Noire
La session consacrée à l’énergie a retenu l’attention des sociétés pétrolières actives au large de Pointe-Noire. TotalEnergies et Perenco ont évoqué des pistes pour financer des unités solaires destinées aux bases-vie des plateformes offshore, réduisant la consommation de diesel et les émissions de CO₂.
Le directeur général de la Société nationale de distribution d’eau et d’électricité a rappelé que le potentiel solaire du Congo dépasse 5,4 kWh/m²/jour. Des développeurs britanniques ont proposé des modèles de « paiement à l’usage » pour électrifier des zones périurbaines, s’appuyant sur le mobile money très répandu.
Logistique et couloirs commerciaux régionaux
Le port de Lomé, classé premier port conteneur de la côte Atlantique ouest-africaine, s’est imposé comme vitrine logistique. Brazzaville veut s’inspirer de cette réussite pour son projet de hub fluvial sur le fleuve Congo. Des échanges techniques ont été engagés avec le opérateur Lomé Container Terminal.
Un responsable de l’Union africaine a rappelé que 14 % seulement des échanges africains sont intrarégionaux. D’où l’intérêt, selon lui, d’harmoniser les régulations douanières. Les ministres présents ont convenu de rouvrir en 2026 un groupe de travail sur la suppression progressive des frais de roaming, frein majeur au e-commerce.
Des récompenses qui valorisent l’innovation durable
La cérémonie des Awards for Excellence in Francophone Africa a clôturé le forum. Le prix Infrastructure est revenu au projet togolais de terminal céréalier, tandis que le trophée Innovation a salué une start-up congolaise, GreenTech Oil, spécialisée dans le recyclage d’huiles usées.
Son directeur général, Cédric Mavoungou, a dédié le prix « à la jeunesse congolaise qui innove malgré les contraintes ». Plusieurs business angels britanniques ont indiqué étudier une prise de participation minoritaire dans l’entreprise. Une annonce perçue comme un signe de confiance supplémentaire envers l’écosystème congolais.
Perspectives et feuille de route congolaise
Depuis la première édition du forum en 2022, plus d’un milliard de livres d’échanges ont été enregistrés. Brazzaville espère capter une part croissante de ces flux. Le ministère de l’Économie prévoit de soumettre trois projets éligibles aux garanties UKEF avant la fin du premier trimestre 2026.
Une équipe mixte, associant les directions des grands travaux et des partenariats public-privé, a été chargée de finaliser les études de faisabilité. « La clé est la qualité des dossiers », souligne un consultant basé à Londres. Les rencontres de Lomé ont ainsi servi de catalyseur pour affiner les montages financiers.
Améliorer le climat d’affaires pour attirer les capitaux
Au forum, plusieurs investisseurs ont insisté sur la “fluidité administrative” vantée par Faure Gnassingbé. La délégation congolaise a détaillé les progrès réalisés, comme la création du guichet unique électronique ou la réduction du délai d’immatriculation des entreprises à 48 heures à Brazzaville.
Des cabinets juridiques londoniens ont salué la récente loi congolaise sur le partenariat public-privé, jugée alignée sur les standards de l’OHADA. Reste toutefois à renforcer la transparence des appels d’offres et la protection des créanciers. Des tables rondes sont programmées d’ici juin pour formuler des recommandations concrètes.
Un dialogue continu soutenu par la diplomatie économique
Le ministère congolais des Affaires étrangères a confirmé qu’un forum de suivi se tiendra à Brazzaville en marge de la Foire internationale de juillet 2026. Objectif : passer en revue les engagements pris à Lomé et signer les premiers contrats.
L’ambassadeur du Royaume-Uni à Brazzaville, Mark Davies, a salué « une dynamique de confiance » et annoncé la nomination prochaine d’un attaché commercial dédié aux marchés du Congo et du Gabon. Un signal diplomatique jugé encourageant pour les entreprises de part et d’autre.
