Fin d’un projet pilote de 11 millions FCFA
Un air de satisfaction flottait dimanche 10 décembre dans la salle des fêtes de la mairie de Mfilou, où huit jeunes filles et femmes vivant avec handicap ont reçu les kits promis par le Projet d’appui à l’intégration socioéconomique des jeunes filles-mères et femmes handicapées victimes de violences.
Le geste, qui marque la clôture d’un programme démarré le 17 janvier, a été rendu possible grâce au financement conjoint de l’ambassade de France au Congo, à hauteur de dix millions FCFA, et de l’Observatoire handicap humanité, contributeur d’un million FCFA.
En moins d’un an, deux cohortes précédentes, totalisant quarante-deux bénéficiaires, avaient déjà été équipées. Cette dernière remise porte à cinquante les femmes soutenues, confirmant la volonté des partenaires d’élargir l’autonomie économique de ce public fragilisé par la discrimination et la stigmatisation.
Des bénéficiaires formées aux bases du business
Avant de recevoir matériel et fonds de roulement, chaque participante a suivi un module mêlant formation professionnelle et sensibilisation juridique. Gestion financière, montage d’une AGR, droits des personnes handicapées et prévention des violences figuraient au programme dispensé dans six arrondissements de Brazzaville.
« Nous avons insisté sur le suivi des dépenses et l’épargne, car un bon kit sans discipline financière s’essouffle vite », a expliqué Emmanuel Bati, président de l’ONG porteuse du projet. Les cours étaient animés par formateurs experts et juristes mobilisés par le Conseil consultatif des personnes vivant avec handicap.
Des kits adaptés aux ambitions de chacune
Les huit bénéficiaires ont été orientées vers trois filières. Celles qui maîtrisent la couture sont reparties avec machines et fournitures textiles. D’autres ont choisi la mini-alimentation et reçu étagères, vivres secs et petit équipement frigorifique. Deux ont préféré la production maraîchère et disposent désormais de semences et outils.
Le comité de sélection dirigé par Gabriel Biyoudi assure avoir évalué la faisabilité de chaque idée d’entreprise sur la base de critères simples : adéquation entre handicap, environnement familial et potentiel de marché. « Nous voulons éviter les échecs précoces liés à une activité inadaptée », a-t-il souligné.
Un budget individuel d’environ deux cent mille FCFA a été mobilisé pour constituer ces trousseaux, montant jugé suffisant pour amorcer une micro-activité rentable dans les quartiers ciblés. Le financement reste intégralement non remboursable, mais un engagement moral impose aux récipiendaires de réinvestir les premiers profits dans leur propre développement.
Un suivi rapproché pour pérenniser les gains
Dès janvier, une équipe de terrain composée de trois conseillers visitera chaque micro-entreprise toutes les deux semaines durant six mois. Les superviseurs vérifieront les ventes, conseilleront sur l’approvisionnement et dresseront un rapport mensuel transmis aux bailleurs. L’objectif est de détecter rapidement tout décrochage et d’apporter une solution personnalisée.
En cas de difficultés majeures, une enveloppe d’appui technique de cinq cent mille FCFA a été constituée pour l’achat de pièces détachées ou le règlement ponctuel d’un loyer commercial. « Nous préférons prévenir avant de guérir, la moindre panne peut tout arrêter », a précisé Emmanuel Bati.
Les bénéficiaires signeront également un pacte d’entraide prévoyant la mise en commun d’un pour cent de leurs recettes hebdomadaires dans une caisse solidaire. Ce mécanisme, inspiré des tontines traditionnelles, doit financer la réparation du matériel, voire l’extension collective vers de nouveaux marchés.
Des appels à l’épargne et à la solidarité
Intervenant au nom du Conseil consultatif des personnes vivant avec handicap, Joëlle Poaty a exhorté ses consœurs à ouvrir sans délai un compte épargne mobile pour sécuriser leurs revenus. « Chaque franc épargné est un pas de plus vers la liberté économique », a-t-elle lancé sous les applaudissements.
La représentante a par ailleurs salué la diligence de la mairie de Mfilou, qui a mis gracieusement ses locaux à disposition et octroyé des exonérations d’occupation temporaire du domaine public aux vendeuses de denrées. Une mesure perçue comme un coup de pouce concret pour amortir les premiers mois d’activité.
Les partenaires entendent capitaliser sur ce projet pilote pour plaider la reconduction de la ligne budgétaire dédiée à l’autonomisation des personnes handicapées dans les prochaines conventions de coopération. Des discussions sont déjà engagées, assure une source diplomatique, pour attirer de nouveaux appuis issus du secteur privé.
Vers une autonomisation durable
En République du Congo, les statistiques officielles estiment à près de cent mille le nombre de femmes vivant avec un handicap, dont plus de la moitié peinent à accéder à un emploi formel. Le programme de Brazzaville veut prouver qu’une aide ciblée, même modeste, peut transformer une trajectoire familiale.
Les premières cohortes affichent déjà des signes encourageants. Quatorze couturières disent avoir doublé leur carnet de commandes depuis juin, tandis que les petites épiceries dégagent une marge moyenne de vingt mille FCFA par semaine, selon les rapports internes relayés durant la cérémonie.
En attendant l’extension du programme, les nouvelles récipiendaires regagnent leur quartier avec des outils concrets et une confiance renouvelée. Leur défi : transformer ces kits en tremplins financiers et inspirer d’autres femmes vivant avec handicap et violence.
