Salon SITEC 2024 : vitrine du potentiel jeune
À Brazzaville, la deuxième édition du Salon de l’innovation, de la technologie et de l’entrepreneuriat au Congo, tenue le 11 novembre, a offert une photographie saisissante de la jeunesse créative, thème central : « Valoriser le potentiel pour une économie d’avenir ».
Dès l’ouverture du premier panel, le directeur général de l’Agence congolaise pour la création des entreprises, Emeriand Kibangou, a rappelé que l’heure n’est plus à l’attentisme. « Formaliser, c’est transformer une idée en richesse nationale », a-t-il lancé devant les participants.
Statistiques 2023-2024 : une courbe ascendante
Selon les chiffres présentés, 4 188 entreprises ont vu le jour en 2023, soit 29,7 % de plus qu’en 2022. Le tertiaire concentre 85,8 % de ces créations, dont la moitié dédiée au commerce.
En 2024, la progression se poursuit avec 4 987 immatriculations, affichant 19,1 % de hausse. Entre avril et juin, 1 272 entreprises ont encore été enregistrées, menées par des promoteurs âgés en moyenne de 39 ans.
La forme juridique reste majoritairement individuelle à 74,3 %. Pour Kibangou, ce choix témoigne « d’une volonté de simplicité administrative et d’agilité sur le marché » tout en constituant « un socle extensible vers des sociétés structurées ».
Des réformes qui simplifient la vie des créateurs
Sous l’impulsion du ministère des Petites et Moyennes Entreprises et de l’Artisanat, le coût de création est passé de 150 000 à 25 000 FCFA. La ministre Jacqueline Lydia Mikolo estime que cette réduction « lève un frein majeur pour les porteurs d’idées ».
L’ACPCE dématérialise progressivement les démarches, permettant l’obtention d’un registre de commerce en moins de 72 heures dans les principales villes. Les files d’attente se déplacent vers la plate-forme numérique, favorisant la transparence des données.
FONEA : former pour mieux entreprendre
Ghislain Louboya, directeur de l’Apprentissage du FONEA, rappelle qu’un marché de l’emploi « étroit et saturé n’absorbe qu’un tiers des 6 000 jeunes formés par l’institution ». Face à ce constat, le Fonds mise sur l’entrepreneuriat comme relais d’insertion.
Ses programmes associent entreprises partenaires et experts métiers pour identifier des niches porteuses dans l’agro-industrie, le numérique ou les services à la personne. Les formations vont de la reconversion courte au perfectionnement technique, finançables jusqu’à 80 % par le Fonds.
Louboya souligne que la priorité reste « d’outiller les apprenants à l’élaboration de plans d’affaires bancables », compétence devenue déterminante pour négocier un crédit ou attirer des investisseurs.
Financement : un verrou qui se desserre
Malgré l’engouement, l’accès au capital demeure le principal écueil. Les banques exigent souvent des garanties que les jeunes n’ont pas encore constituées. La ministre Mikolo plaide pour « des critères assouplis et des produits dédiés aux projets à fort impact social ».
Plusieurs établissements testent déjà des lignes de micro-crédit plafonnées à 10 millions FCFA avec des périodes de différé. Selon l’Association professionnelle des établissements de crédit, ces pilotes affichent un taux de remboursement supérieur à 92 %.
Les partenaires techniques étudient la mise en place d’un fonds de garantie public-privé. Objectif : couvrir jusqu’à 60 % du risque afin de convaincre les banques de multiplier les décaissements au profit des créateurs.
Portraits de nouveaux patrons
À Mfilou, Dinah Ngoma a transformé sa passion pour la couture en atelier employant cinq personnes. « Les démarches allégées m’ont permis de légaliser mon activité en une semaine », confie-t-elle, désormais régulièrement sollicitée pour des uniformes scolaires.
De son côté, Rodrigue Mvoula, 28 ans, commercialise des jus locaux pasteurisés. Il a bénéficié d’une formation FONEA sur l’agro-transformation et d’un micro-prêt de 8 millions FCFA. Son volume de production a déjà doublé depuis janvier.
Ces expériences illustrent la solidité du taux de pérennité de 85 % enregistré sur un échantillon de 6 000 entreprises créées en 2025, selon l’ACPCE. Un signe que les jeunes s’installent durablement dans le paysage économique.
Vers une économie diversifiée et résiliente
Les indicateurs présentés au SITEC confirment que l’esprit d’entreprise gagne le pays, réduisant la dépendance au secteur pétrolier. Commerce, tech, services logistiques et culture créative constituent les nouveaux moteurs d’une croissance inclusive.
Pour Emeriand Kibangou, « chaque entreprise formalise des emplois et élargit l’assiette fiscale ». Cette dynamique, soutenue par des réformes administratives et des instruments financiers adaptés, ouvre la voie à une économie plus diversifiée et résiliente face aux chocs externes.
Les organisateurs donnent déjà rendez-vous à la troisième édition du SITEC avec l’ambition d’y présenter les premiers succès issus des projets lancés cette année. La jeunesse congolaise semble prête à saisir cette nouvelle étape.
