Une nouvelle usine aux portes de Pointe-Noire
L’odeur de bitume frais mène jusqu’à Tchiamba Nzassi, à 35 kilomètres de Pointe-Noire. C’est là que la société chinoise Wing Wah vient de mettre en service la première unité industrielle de traitement du gaz associé extrait de ses champs pétroliers onshore.
Opérationnelle après dix ans de présence dans le pays, l’usine valorise le gaz qui accompagnait jusqu’ici le brut. Elle ouvre officiellement la phase de commercialisation du butane « Made in Congo », destiné à la fois au marché intérieur et à l’export, selon la direction de l’aval pétrolier.
Des ménages impatients de voir les prix baisser
Dans le quartier Mbota, Adéline, couturière de 35 ans, surveille le compteur de sa bouteille de 12 kg qu’elle paie aujourd’hui 10 600 FCFA. « Si le gaz sort désormais d’ici, nous devrions en profiter et ne plus dépendre des cargaisons importées », plaide-t-elle, sourire prudent aux lèvres.
Son attente est largement partagée. Dans la capitale économique, beaucoup estiment que la production locale réduira les coûts logistiques et, à terme, le prix à la pompe. Les détaillants espèrent aussi une meilleure disponibilité afin d’éviter les ruptures régulières qui pèsent sur le budget des familles.
Une capacité qui dépasse la demande nationale
Wing Wah annonce une production annuelle de 150 000 tonnes de butane, soit le triple de la consommation actuelle du Congo estimée à 50 000 tonnes. « La couverture du territoire est garantie », assure Christian Hyppolite Pambou Tchinianga, directeur de l’aval pétrolier, qui milite pour une distribution équitable dans chaque département.
La société rappelle qu’elle extrait déjà 57 000 barils de pétrole par jour et vise 200 000 barils dans les prochaines années. Le gaz, jusque-là brûlé en torchère, devient ainsi un relais de croissance complémentaire et un levier d’indépendance énergétique pour le pays.
Enjeu environnemental et social
En cuisine comme dans les petites industries, le butane est considéré comme une alternative au charbon de bois, largement utilisé pour se chauffer ou fumer le poisson. « Développer le gaz de cuisson, c’est aussi préserver nos forêts », insiste Christian Hyppolite Pambou Tchinianga, évoquant la lutte contre la déforestation.
Le projet prévoit la création de 7 000 emplois directs à mesure que la phase de montée en cadence se consolide. Mechaniciens, logisticiens, opérateurs : toute une chaîne de métiers est mobilisée, offrant des perspectives aux jeunes diplômés de Pointe-Noire et des environs.
Relance économique pour les entreprises locales
Pour Didier Sylvestre Mavouenzela, président de la chambre de commerce de Pointe-Noire, la disponibilité de gaz compétitif peut redonner de la marge aux briqueteries, boulangeries et autres PME gourmandes en énergie. « C’est une bouffée d’oxygène pour relancer l’investissement productif et favoriser l’emploi », souligne le responsable patronal.
Le port de Pointe-Noire table aussi sur un regain d’activité grâce aux expéditions régionales prévues vers l’Afrique centrale. Les autorités locales y voient une opportunité de diversification dans un secteur encore dominé par le pétrole brut.
Calendrier et perspectives
Les premiers lots destinés au marché intérieur doivent quitter l’usine avant la fin du trimestre. Le ministère des Hydrocarbures travaille avec la Société nationale de distribution des produits pétroliers pour déployer un réseau de points de vente jusqu’aux centres ruraux.
Wing Wah assure vouloir investir davantage dans des infrastructures de stockage et un programme de formation technique. À moyen terme, la compagnie envisage de convertir une partie du gaz en électricité pour stabiliser le réseau national, un atout supplémentaire pour la compétitivité congolaise.
