Un rendez-vous citoyen avant la Journée mondiale de l’enfance
La salle polyvalente d’un centre social du quartier Plateau retentit depuis ce lundi des voix d’acteurs engagés pour les droits de l’enfant. Le Réseau des intervenants sur le phénomène des enfants de rupture, Reiper, y a lancé un festival qui s’achèvera le 20 novembre, date symbolique de la Journée mondiale de l’enfance.
Conçu comme un projet pilote baptisé « Arcade », l’événement mêle culture, débats et plaidoyer. Objectif : attirer l’attention des décideurs et du grand public sur le sort des enfants en situation de rue, tout en proposant des solutions concrètes pour prévenir les violences.
Table ronde multisectorielle pour une même cause
La première journée a été marquée par une table ronde intitulée « Protection des enfants en situation de rue contre les violences ». Autour de la même table se sont retrouvés représentants du ministère en charge des Affaires sociales, gendarmerie, police, organisations de la société civile et éducateurs spécialisés.
Cette diversité d’expertises a permis d’aborder la question sous plusieurs angles : juridique, sécuritaire, psychosocial et communautaire. Les intervenants ont insisté sur la nécessité de coordonner les actions pour renforcer l’efficacité des dispositifs existants.
Prévenir plutôt que guérir, insiste le ministère
Ouvrant officiellement les travaux, le directeur général des Affaires sociales, Christian Mabiala, a rappelé que la prévention reste le meilleur rempart contre toutes formes de violences. « Il faut agir en amont, avant que les situations n’échappent au contrôle et ne contraignent l’enfant à vivre dans la rue », a-t-il souligné.
Le responsable a aussi invité les centres d’accueil à exercer dans un cadre légal clair. Selon lui, l’hébergement doit être une étape transitoire, accompagnée d’un projet de réinsertion familiale ou scolaire, afin d’éviter que les enfants ne s’installent durablement dans les structures.
Police et gendarmerie : partenaires de la protection
Les officiers de la Force publique, régulièrement confrontés aux réalités de terrain, ont expliqué leur rôle dans la prévention des violences. Le commissaire de police chargé des mineurs a détaillé les patrouilles de proximité déployées la nuit pour identifier et sécuriser les jeunes en errance.
Du côté de la gendarmerie, le commandant de la brigade territoriale a présenté les perspectives d’un dispositif d’alerte communautaire. Ce mécanisme entend associer chefs de quartier, commerçants et chauffeurs de taxi pour signaler rapidement tout cas de maltraitance.
Échanges interactifs et propositions concrètes
Une longue série de questions-réponses a permis aux participants d’approfondir plusieurs points : procédures judiciaires adaptées aux mineurs, formation continue des agents, financement des programmes de réinsertion. Les exposants ont convenu qu’un suivi régulier est essentiel pour mesurer l’impact des actions.
Des pistes ont été avancées, telles que la création de cellules d’écoute mobiles, le renforcement des parrainages scolaires et la mise en place de campagnes médiatiques ciblant les parents et les transporteurs interurbains, souvent premiers témoins de la vulnérabilité des enfants.
Appel à la solidarité nationale et internationale
Satisfait de la mobilisation, Joseph Likibi, coordonnateur du Reiper, a lancé un appel à l’union sacrée autour de l’enfance. « La protection de l’enfant est l’affaire de tous. Nous invitons les entreprises, les collectivités locales et chaque citoyen à soutenir ces efforts », a-t-il déclaré.
Le responsable a salué l’appui financier de l’Agence française de développement et l’accompagnement technique de la Fondation Apprentis d’Auteuil. Selon lui, ces partenariats renforcent la capacité des structures congolaises à répondre aux besoins spécifiques des enfants en rupture.
Une coalition de 22 structures engagées
Le Reiper fédère aujourd’hui vingt-deux organisations, nationales et internationales, qui œuvrent pour la défense des droits de l’enfant. Leur champ d’action couvre la formation des travailleurs sociaux, le plaidoyer institutionnel, la capitalisation des bonnes pratiques et l’entraide entre acteurs terrain.
Grâce à ce maillage, des informations précieuses circulent rapidement : repérage d’un mineur en danger, recherche de famille d’accueil, orientation vers des unités de soins ou d’apprentissage. L’effet réseau offre donc un levier supplémentaire pour protéger efficacement les enfants vulnérables.
Vers une feuille de route partagée
Au terme du festival, une synthèse des recommandations sera transmise aux autorités compétentes. Les organisateurs espèrent qu’elle servira de base à une feuille de route intégrant prévention, intervention d’urgence et réinsertion durable.
Cette démarche s’inscrit en droite ligne des objectifs du gouvernement, qui fait de la protection sociale un pilier de son action publique. La perspective d’un cadre juridique renforcé et de financements pérennes pourrait ainsi voir le jour dans les prochains mois.
Le festival, vitrine d’un engagement pérenne
Concerts solidaires, projections éducatives et ateliers créatifs complètent la programmation, attirant familles et scolaires. En mettant la culture au service du plaidoyer, le Reiper souhaite toucher un public plus large et susciter des vocations chez les jeunes volontaires.
Les organisateurs misent sur cet élan pour pérenniser le festival chaque année et en faire un rendez-vous incontournable à Brazzaville. L’enjeu dépasse la commémoration : il s’agit de bâtir une société où chaque enfant, qu’il soit en rue ou en famille, bénéficie d’un environnement protecteur et épanouissant.
