Une volonté partagée de professionnaliser l’enseignement
La salle de conférence du ministère de l’Enseignement technique de Brazzaville a réuni, le 26 novembre, cadres congolais et experts chinois pour entériner la création d’un réseau de collaboration destiné à amplifier les échanges de savoir-faire entre les deux pays dans la formation professionnelle.
Depuis le premier accord de coopération signé en 1964, Brazzaville et Pékin tissent un partenariat dense, articulé autour d’infrastructures, de santé et, plus récemment, d’éducation. Le nouveau dispositif veut consolider ce volet académique en s’appuyant sur des séminaires annuels organisés alternativement en Chine et au Congo.
Bilan des séminaires Chine 2024-2025
Autour de la table, anciens bénéficiaires des séminaires 2024-2025, directeurs d’écoles techniques, représentants ministériels et délégation de l’ambassade de Chine ont dressé un bilan chiffré des actions déjà menées et défini les contours d’une plateforme numérique qui mettra en réseau formateurs et centres pilotes.
« Ces sessions ont offert une immersion dans des ateliers à Changsha et Shenzhen, renforçant nos aptitudes pédagogiques », a précisé Gaspard Openda, point focal du ministère de l’Enseignement technique. Il estime que la rigueur du modèle chinois peut inspirer les curricula congolais, notamment en maintenance industrielle et énergies renouvelables.
Durant les séminaires, les délégations congolaises ont observé de près les instituts polytechniques chinois, réputés pour leurs liens organiques avec les entreprises. Une partie des visites s’est faite dans les usines partenaires, où les apprenants alternent théorie et production réelle, garantissant une insertion rapide sur le marché.
Des compétences stratégiques pour le marché du travail
De retour au pays, les bénéficiaires disent avoir consolidé leurs méthodes d’évaluation, intégré des outils numériques de suivi et créé des micro-modules adaptés aux besoins des petites et moyennes entreprises locales. Cette capitalisation nourrit déjà les centres de formation d’Oyo, Pointe-Noire et Brazzaville.
Le directeur de cabinet du ministre de la Coopération internationale, Max Henri Monka, note que le Congo n’est pas seulement preneur. « Nos propres réformes, notamment la gratuité de la formation technique de base, intéressent nos partenaires asiatiques », rappelle-t-il, soulignant la dynamique d’apprentissage mutuel instaurée depuis une décennie.
Selon les organisateurs, les échanges d’expertise orientent déjà les politiques publiques congolaises dans la transformation numérique des services administratifs, la maintenance ferroviaire et le déploiement de stations solaires hybrides en zone rurale. Ces retombées concrètes justifient, à leurs yeux, la formalisation d’un réseau pérenne et structuré.
Un partenariat politique solide
Pour Adrien Tsioula, secrétaire adjoint aux Affaires étrangères, la fréquence des séminaires traduit « la densité d’une relation historique qui, loin de s’essouffler, se réinvente autour du capital humain ». Il évoque un « bien-être partagé » fondé sur la complémentarité des trajectoires économiques chinoise et congolaise.
Chiffres à l’appui, l’ambassadrice An Qing rappelle que plus de 6 000 Congolais ont suivi, en un an, une soixantaine de formations financées par Pékin. « Nous considérons la formation comme un levier majeur pour accompagner la diversification économique du Congo », souligne-t-elle, annonçant de nouveaux programmes sectoriels.
Le réseau d’experts acté à Brazzaville fonctionnera comme un hub virtuel alimenté par une base de données commune, des webinaires mensuels et des missions croisées. Chaque partie s’engage à mettre à disposition des spécialistes en robotique, pédagogie, gestion de projet et recherche appliquée selon les besoins identifiés.
Perspectives concrètes du réseau d’experts
Une priorité annoncée porte sur l’équipement pédagogique. Des laboratoires mobiles, dotés d’imprimantes 3D et de kits domotiques, seront cofinancés pour desservir les lycées techniques de Dolisie et Ouesso. Ils permettront aux élèves d’expérimenter sur place des technologies généralement accessibles uniquement dans les grandes métropoles.
Le futur réseau prévoit aussi des groupes de recherche appliquée sur la valorisation des déchets plastiques en matériaux de construction légers. Piloté par l’École normale supérieure polytechnique de Brazzaville et l’Université technologique de Wuhan, ce projet vise à proposer des briques recyclées adaptées au climat équatorial.
Les séminaires 2024-2025, programmés à Harbin, Xi’an puis Oyo, aborderont la cybersécurité industrielle, l’entretien des réseaux d’eau et la gestion de la data agricole. Les inscriptions seront ouvertes dès janvier, via le portail commun, avec une priorité accordée aux femmes ingénieures et aux jeunes diplômés.
Pour Elisabeth Mabiala, formatrice à l’Institut supérieur de mécanique de Pointe-Noire, « le réseau doit faciliter l’accès à des mentors capables de suivre nos apprenants même après la fin officielle des stages ». Elle juge cruciale la traduction en français des modules importés pour garantir leur appropriation.
Le ministre de l’Enseignement technique, Ghislain Thierry Maguessa Ebomé, a salué « une avancée conforme au Plan national de développement 2022-2026 ». Selon lui, l’initiative complète les efforts internes de modernisation des lycées techniques financés par le budget de l’État, déjà engagés depuis 2021.
En capitalisant sur six décennies d’amitié sino-congolaise, la nouvelle architecture de coopération devrait accélérer la montée en compétence des jeunes, soutenir la diversification économique souhaitée par les autorités et renforcer l’image du Congo comme hub de savoir en Afrique centrale, estiment les observateurs présents au colloque.
