Makélékélé vibre au rythme du souvenir footballistique
Sous un ciel matinal à peine voilé, plusieurs dizaines d’habitants ont convergé vers le cimetière de Mokondji Ngouaka, balais et seaux en main. Leur objectif : nettoyer les allées et honorer la mémoire de proches reposant dans ce lieu chargé d’histoires.
La foule bigarrée a accueilli Bélinda Ayessa, citoyenne d’honneur de l’arrondissement 1 et présidente du Groupe de réflexion et d’action pour un Congo émergent. Vêtue de blanc, elle a salué les volontaires avant de se diriger vers la sépulture de Germain « Jadot » Dzabana.
Une gerbe de roses rouges et blanches s’est déposée doucement sur la pierre tombale. Le geste, simple en apparence, a suscité un silence respectueux parmi les curieux, les anciens coéquipiers et les jeunes footballeurs présents pour découvrir une légende qu’ils n’ont jamais vue jouer.
« Nous honorons un fils de Makélékélé dont le talent a inspiré des générations », a exprimé Bélinda Ayessa, insistant sur la portée collective de cette cérémonie citoyenne.
Bélinda Ayessa, voix du civisme et du vivre-ensemble
Connue pour ses actions sociales, la présidente du Grace multiplie les initiatives liant mémoire et cohésion. « Le véritable tombeau des morts, c’est le cœur des vivants », a-t-elle rappelé, citant un proverbe cher à son association.
Face aux riverains, elle a salué « le sens de l’engagement des habitants de Makélékélé », notant que le cimetière demeure propre grâce à des chantiers réguliers. Pour elle, l’hommage à Jadot symbolise l’importance d’entretenir le passé pour éclairer l’avenir.
Le Grace, créé pour encourager l’émergence citoyenne, voit dans le sport un vecteur privilégié de rassemblement. La présence de jeunes footballeurs de quartiers voisins illustrait cette philosophie : apprendre des anciens pour mieux réussir demain.
En fin de cérémonie, Bélinda Ayessa a invité les associations sportives locales à organiser un tournoi annuel en mémoire de Dzabana, promesse d’un rendez-vous qui conjuguerait compétition et devoir de mémoire.
Germain « Jadot » Dzabana, la légende intacte
Né le 11 décembre 1944, Dzabana a marqué les Diables-Noirs de Brazzaville par sa vision de jeu et son dribble déconcertant. Son surnom de « maréchal » rappelle l’autorité qu’il imposait au milieu de terrain.
Le 12 août 1974, son décès prématuré à 29 ans a endeuillé le football congolais. Pourtant, son héritage perdure. Les anciens évoquent encore le petit pont qu’il infligea au Brésilien Pelé lors d’un amical Congo-Santos FC en 1967, exploit devenu légende.
Pour Tonton Moussa, supporter octogénaire, « Jadot incarnait le panache. Il jouait pour le plaisir, mais offrait de la fierté à tout un peuple ». Les jeunes présents répétaient avec admiration l’anecdote de l’action face à Pelé, preuve que la légende franchit les générations.
Le quartier Jadot, rebaptisé en son honneur, témoigne de cette reconnaissance populaire. Chaque ruelle, chaque terrain vague rappelle un crochet fulgurant, un tir lointain ou un sourire après la victoire.
Mémoire sportive et unité communautaire
Au-delà de l’émotion, la matinée a souligné la capacité du sport à cimenter des identités locales. Les académies de foot de Makélékélé ont profité de la cérémonie pour présenter de jeunes talents, espérant marcher sur les traces de Dzabana.
Francine Mbemba, éducatrice sportive, précise que « l’histoire de Jadot est un manuel vivant : détermination, discipline, humilité ». Selon elle, rappeler ce parcours devant la jeunesse renforce la lutte contre l’abandon scolaire et promeut une culture de l’effort.
Les responsables municipaux présents ont promis d’apposer bientôt une plaque commémorative plus lisible sur la tombe du joueur, un moyen de guider les visiteurs sportifs et touristiques vers ce lieu de recueillement.
Les commerçants du quartier voient également dans cet afflux une opportunité douce : valoriser l’artisanat local, vendre maillots rétro et cartes postales. Le souvenir de Jadot devient alors vecteur de micro-développement.
Entretenir les sépultures : un geste citoyen durable
L’opération de nettoyage du cimetière Mokondji Ngouaka n’est pas ponctuelle. Depuis plusieurs années, des comités de quartier planifient des journées d’assainissement, financées par des collectes volontaires et l’appui d’entreprises locales sensibles à la responsabilité sociétale.
Pour le chef de quartier Makélékélé 4, « prendre soin des tombes, c’est enseigner le respect aux nouvelles générations ». La présence d’élèves venue balayer les allées confirme cette transmission de valeurs civiques.
En clôture, Bélinda Ayessa a remercié les participants et confié la gerbe fanée de l’an passé à un adolescent, symbole de passation. Puis la fanfare municipale a entonné l’hymne des Diables-Noirs, scellant l’instant dans la mémoire collective.
