Un quatrième trimestre porté par la diaspora
L’Agence de régulation des transferts de fonds, rattachée au ministère des Finances, a publié mardi ses données consolidées. Entre octobre et décembre 2024, la diaspora congolaise a expédié 20,3 milliards FCFA, soit environ 36 millions USD, vers Brazzaville, Pointe-Noire et les départements.
Ce montant constitue le plus haut niveau trimestriel observé depuis trois ans, dépassant de 12 % le pic atteint au second trimestre 2023, précise le rapport remis aux partenaires bancaires et aux sociétés spécialisées en transfert rapide.
« Nous constatons une accélération liée à la saison des fêtes, mais aussi à la confiance retrouvée dans la stabilité macroéconomique nationale », analyse Christian Oba, directeur général de l’ARTF, dans un entretien téléphonique.
Les principaux pays d’origine de ces envois restent la France, les États-Unis et le Canada, suivis par les voisins d’Afrique centrale. La part provenant d’Italie progresse, portée par la communauté de Pointe-Noire établie à Turin et à Gênes.
Les statistiques de la période montrent un pic hebdomadaire atteint le 22 décembre, date à laquelle 3,4 millions USD ont été envoyés en une seule journée, record attribué aux préparatifs des fêtes de fin d’année.
Impact sur le pouvoir d’achat des ménages
À Brazzaville, Étienne, employé dans un centre d’appels, explique que l’aide de son frère installé à Paris lui a permis d’acheter du ciment pour achever la dalle de sa maison, malgré la hausse récente des prix des matériaux.
Selon la dernière enquête de l’Institut national de la statistique, 62 % des ménages recevant des fonds de l’étranger les affectent en priorité aux dépenses alimentaires, 18 % à l’éducation et 7 % à des projets immobiliers modestes.
Ces flux complètent efficacement les programmes publics de solidarité, note l’économiste Idriss Londi, professeur à l’Université Marien-Ngouabi, qui souligne que « chaque franc transféré génère un effet multiplicateur dans les circuits locaux de commerce ».
Une étude de la Conférence épiscopale justice et paix révèle que 56 % des destinataires sont des femmes, souvent responsables du budget familial. Ce flux genré jouerait un rôle stabilisateur, réduisant les écarts de consommation entre zones urbaines et villages.
Les canaux de transfert favoris
Le rapport de l’ARTF révèle que 54 % des envois passent par les opérateurs de mobile money agréés, devant les sociétés internationales classiques qui captent 33 % du volume, le solde transitant par des banques ou des agences de change.
La simplification récente des formalités de conformité, introduite par l’arrêté du 15 juin 2024, a réduit les délais de paiement à moins de 15 minutes en moyenne, contre 40 minutes auparavant, ce qui plaît particulièrement à la diaspora estudiantine.
Pour des raisons affectives, la majeure partie des expéditeurs continue néanmoins d’indiquer le nom d’un parent plutôt que son propre compte numérique, une pratique qui complexifie le suivi statistique mais maintient l’argent au plus près des besoins quotidiens.
Stratégies publiques pour capter ces flux
Le ministère des Finances travaille avec la Banque mondiale à l’élaboration d’un observatoire numérique capable de tracer, en temps réel, la destination sectorielle des remises et d’offrir des instruments d’épargne dédiés aux expéditeurs.
Une phase pilote, lancée ce mois-ci à Dolisie et Ouesso, propose un compte rémunéré à 4,5 % l’an pour tout dollar rapatrié et placé au minimum six mois, initiative saluée par le Conseil congolais des banques.
L’objectif déclaré est de transformer une partie de ces fonds familiaux en capital productif, notamment pour le financement des PME agro-alimentaires et des projets d’énergie solaire dans les zones rurales.
Dans le cadre du programme d’inclusion financière, la Banque centrale étudie également la possibilité d’émettre un franc CFA numérique afin de sécuriser davantage les transferts et d’abaisser les frais bancaires, projet actuellement en consultation publique.
Perspectives 2025 selon les économistes
La tendance pourrait se maintenir en 2025 si l’économie mondiale évite un ralentissement brutal, estiment les analystes de la société de bourse InterAfrique, qui tablent sur 80 millions USD d’envois annuels vers le Congo.
Les prévisions s’appuient sur la résilience du marché du travail en Europe et sur l’augmentation continue des qualifications des Congolais installés à l’étranger, facteurs jugés déterminants pour la capacité d’épargne.
Le taux de change stable entre le franc CFA et l’euro depuis l’adoption de réformes régionales favorise également la prévisibilité des montants reçus, souligne le consultant financier Jean-Daniel Makani.
Certains observateurs estiment toutefois que la montée des frais de service pourrait freiner l’élan si une concurrence suffisante n’est pas maintenue parmi les opérateurs, d’où l’importance d’une régulation proactive.
En attendant, les 36 millions USD injectés lors du dernier trimestre 2024 témoignent du rôle vital de la diaspora dans le dynamisme économique national, un lien que les autorités espèrent renforcer par des solutions innovantes et inclusives.
Une contribution non négligeable au PIB
La valeur annuelle cumulée des remises, 67 millions USD en 2024, équivaut à près de 1,1 % du produit intérieur brut, selon le calcul de la Direction générale de l’économie. Le ratio se rapproche de la moyenne d’Afrique de l’Ouest, évaluée à 1,3 %.
À titre de comparaison, les investissements directs étrangers ont atteint 494 millions USD la même année, mais nécessitent souvent des délais plus longs avant de se diffuser dans l’économie réelle, remarque la Chambre de commerce de Brazzaville.
