Un programme panafricain soutenu par l’UE
Le Forum des organisations de solidarité issues des migrations (Forim) a choisi Brazzaville pour lancer la phase congolaise de Connect’Diasporas, un dispositif panafricain financé par l’Union européenne qui ambitionne de transformer l’engagement des diasporas en levier concret de développement local.
Lors de l’atelier du 12 novembre, experts, représentants ministériels et acteurs associatifs ont exploré les voies pour structurer la relation État-diaspora, afin d’en amplifier l’impact territorial, conformément aux orientations du Plan national de développement 2022-2026.
Déjà actif dans cinq autres pays africains, le projet veut instaurer un cadre stratégique qui facilitera dialogue, sélection de secteurs prioritaires et mobilisation de ressources nouvelles en cofinancement avec collectivités et bailleurs.
Objectif : aligner diaspora et Plan national de développement
Pour le président du Forim, Alioune Sy, « il faut repérer les domaines que le gouvernement juge stratégiques, de l’agro-industrie au numérique, pour que les compétences et capitaux de la diaspora complètent l’action publique », a-t-il déclaré.
Cette approche répond à l’ambition gouvernementale de diversifier l’économie et de réduire la dépendance aux hydrocarbures, en créant des chaînes de valeur locales capables de générer des emplois qualifiés pour la jeunesse urbaine et rurale.
Le ministère de la Planification, associé à l’atelier, a salué un « instrument complémentaire » susceptible d’orienter l’épargne de la diaspora vers des projets alignés sur les objectifs du PND, tels que l’irrigation intelligente ou l’électrification hors-réseau.
Expériences réussies en France et Amérique latine
Depuis 2002, le Forim appuie des centaines de micro-projets portés par des migrants au Mali, au Sénégal ou en Haïti, tant en milieu urbain qu’agricole, avec un taux de pérennisation évalué par l’organisation à plus de 75 %.
Les retours d’expérience recensés en Île-de-France montrent que chaque euro injecté par la diaspora génère jusqu’à trois euros d’impact socio-économique supplémentaire, grâce aux cofinancements publics et à l’effet d’entraînement auprès des entrepreneurs locaux.
Dialogue renforcé avec les ministères
En marge de l’atelier, la délégation a été reçue par les ministres des Affaires étrangères, de l’Intérieur et de la Planification, qui ont exprimé leur volonté de mettre à disposition données socio-économiques, facilités administratives et appui technique aux organisations diasporiques.
Le Directeur général du Figa, Emmanuel Otandault, rappelle que le fonds de garantie public est déjà ouvert aux PME de Congolais de l’étranger, complémentaire aux mécanismes de Connect’Diasporas pour diminuer le risque bancaire.
Selon une source au ministère des Finances, des discussions portent sur la création d’un guichet unique dédié aux investisseurs expatriés, qui intégrerait les services d’enregistrement, de fiscalité incitative et d’orientation vers les incubateurs public-privé.
L’Agence française de développement étudie, pour sa part, l’extension de sa Facilité diaspora au Congo, un instrument qui pourrait cofinancer jusqu’à 70 % du coût des études de faisabilité et faciliter l’accès aux lignes de crédit vertes.
Vers une feuille de route dans sept mois
Le Forim prévoit de conduire une seconde mission au Congo d’ici sept mois afin d’achever un document cadre détaillant les secteurs cibles, les indicateurs de résultat et les modalités de suivi partagées avec les ministères et les collectivités.
Cette feuille de route sera co-signée par l’association congolaise Capcos, partenaire local du programme, qui jouera le rôle de plateforme d’intermédiation entre les autorités et les associations expatriées pour assurer la remontée d’informations et l’alignement des priorités stratégiques.
Un comité de pilotage, composé de hauts cadres de la Fonction publique et de représentants de la diaspora, sera mis en place pour suivre l’exécution et proposer des ajustements agiles en fonction des réalités du terrain.
Impact attendu pour les territoires et les PME
Connect’Diasporas se concentre sur des projets collectifs: centres de transformation agricole, plateformes logistiques, coopératives artisanales ou hubs numériques, autant d’initiatives susceptibles de dynamiser l’économie locale et de créer des chaînes de valeur intégrées.
À Pointe-Noire, des représentants d’entrepreneurs de la diaspora maritime ont déjà manifesté leur intérêt pour moderniser la pêche côtière via des technologies de froid solaire, un segment inscrit comme prioritaire dans la stratégie portuaire nationale actuelle.
Dans le département des Plateaux, plusieurs municipalités envisagent de recourir au programme pour financer des mini-réseaux d’eau potable, l’expertise d’hydrauliciens congolais vivant en Europe étant perçue comme un atout pour réduire les coûts d’ingénierie initiaux.
Selon une étude préliminaire commandée par le Forim, chaque projet porté via Connect’Diasporas devrait créer en moyenne vingt-cinq emplois directs et autant d’emplois indirects, soit un potentiel de 5 000 postes sur cinq ans si la moitié des initiatives identifiées aboutissent.
Une dynamique régionale en gestation
Le succès espéré de la phase congolaise pourrait servir de modèle aux pays voisins, notamment le Gabon et le Cameroun, déjà en pourparlers avec le Forim pour lancer des dispositifs analogues et créer des synergies transfrontalières autour de la diaspora.
Pour Alioune Sy, « la diaspora africaine dispose d’un capital humain, financier et culturel inestimable. Si les États parviennent à bâtir des mécanismes transparents et pérennes, nous pourrons accélérer l’atteinte des Objectifs de développement durable sans alourdir la dette publique nationale ».
