Un premier contact jugé prometteur
Brazzaville a accueilli le 10 novembre la première visite officielle d’Alexandra Célestin, nouvelle représentante résidente du Groupe de la Banque mondiale, auprès du ministre des Postes, des Télécommunications et de l’Économie numérique, Léon Juste Ibombo.
La rencontre, décrite par les deux parties comme « chaleureuse et pragmatique », visait à établir une feuille de route partagée pour le Projet d’accélération de la transformation numérique, plus connu sous le sigle Patn.
100 millions de dollars pour la connectivité
Financé à hauteur de 100 millions de dollars américains par l’institution de Bretton Woods, le Patn ambitionne de réduire les zones blanches, d’installer de nouvelles antennes 4G et de sécuriser l’infrastructure dorsale nationale en fibre optique.
Cette enveloppe représente l’un des plus importants financements concessionnels accordés au secteur congolais des télécommunications depuis une décennie, selon le cabinet du ministre, qui y voit un levier pour moderniser l’administration et stimuler l’innovation privée.
Des axes prioritaires clairement définis
Les discussions ont confirmé trois priorités : améliorer l’accessibilité tarifaire, accroître la qualité des services et renforcer la gouvernance numérique, notamment via la protection des données et la lutte contre la cybercriminalité, ont indiqué les équipes techniques présentes durant l’audience.
Un tableau de bord commun doit être finalisé avant la fin de l’année pour suivre chaque indicateur, avec l’appui méthodologique de la Banque mondiale et la remontée régulière de statistiques fournies par l’Agence de régulation des postes et communications électroniques.
Une stratégie numérique 2030 réaffirmée
Léon Juste Ibombo a insisté sur la complémentarité entre le Patn et la Stratégie numérique 2030, feuille de route présidentielle destinée à faire du Congo un hub régional capable d’offrir des services en ligne compétitifs aux citoyens, aux entreprises et aux administrations.
Adopté en 2021, ce document programme l’extension du réseau à très haut débit, la dématérialisation de 80 % des procédures administratives, ainsi que la création d’au moins 10 000 emplois directs dans l’économie numérique d’ici 2030.
La Banque mondiale, déjà partenaire lors de l’élaboration de la stratégie, entend mobiliser des expertises supplémentaires pour consolider la phase d’exécution, a précisé Alexandra Célestin, rappelant que l’institution place l’inclusion et la résilience au cœur de ses interventions régionales.
Impact attendu pour les usagers et les entreprises
Les segments ruraux devraient être les premiers bénéficiaires des nouvelles antennes, avec une réduction anticipée de 30 % des coûts de connexion dans les districts actuellement enclavés, d’après les projections contenues dans le plan opérationnel remis à la délégation.
Pour les PME des centres urbains, l’amélioration de la bande passante est synonyme de gain de compétitivité, notamment dans les services financiers, l’e-commerce et l’e-learning, des créneaux jugés porteurs pour la diversification économique nationale.
De son côté, l’administration publique prévoit de généraliser les plateformes de téléprocédures afin de réduire les files d’attente, d’augmenter la transparence et de faciliter le paiement en ligne des taxes locales, a souligné un conseiller du ministère des Finances.
Prochaines étapes du partenariat
Une mission conjointe d’experts est attendue à Brazzaville début décembre pour examiner les résultats préliminaires des appels d’offres relatifs aux infrastructures passives et pour définir le calendrier de déploiement des premiers sites pilotes.
Le ministère prévoit également d’installer un comité de pilotage interministériel afin de garantir l’alignement des actions du Patn avec les réformes portées par les finances, l’éducation, la santé et la fonction publique.
« Nous disposons d’un appui solide et d’un horizon clair », a résumé Léon Juste Ibombo, évoquant un démarrage opérationnel intensif dès le premier trimestre 2024, sous réserve de la finalisation des contrats et de la validation parlementaire des textes réglementaires.
Regards croisés des partenaires
Alexandra Célestin a salué la proactivité des équipes congolaises, tout en rappelant l’importance d’une gestion rigoureuse des décaissements pour maintenir la confiance des bailleurs et accélérer la mise en œuvre des composantes sociales du projet.
Du côté des opérateurs télécoms, l’annonce est considérée comme un signal encourageant, car elle ouvre la possibilité d’accords de partage d’infrastructures et d’incitations fiscales ciblées, ont confié plusieurs responsables joints au téléphone après la rencontre.
Les associations d’usagers demandent cependant de veiller à la qualité du service universel et à la protection des données personnelles, aspects qui seront abordés lors des consultations publiques prévues au premier semestre, selon le secrétariat permanent du Patn.
Vers une économie numérique inclusive
À terme, le gouvernement souhaite que le numérique contribue à hauteur de 10 % du PIB, contre environ 3 % actuellement, grâce à l’émergence d’activités comme les services cloud, la fintech et la création de contenu audiovisuel local.
Le renforcement du partenariat avec la Banque mondiale apparaît ainsi comme un pas décisif pour rapprocher les citoyens congolais des opportunités offertes par l’économie digitale mondiale et consolider la trajectoire de développement durable promue par les autorités.
Dans les prochains mois, une plateforme interactive de suivi citoyen du Patn sera mise en ligne afin de publier l’avancement des chantiers, renforcer la reddition des comptes et encourager les retours d’expérience des utilisateurs connectés en milieu urbain comme rural.
