Retour sur la levée officielle
La note circulaire datée du 1er décembre, signée par le ministre d’État Alphonse Claude N’Silou, annonce officiellement la levée de la suspension d’importation des machettes et motocycles, deux mois après son instauration. L’information a immédiatement circulé dans les ports, entrepôts et boutiques d’outillage de Brazzaville et Pointe-Noire.
L’interdiction, entrée en vigueur le 28 octobre, répondait à une demande urgente des services de sécurité confrontés à une hausse de délits impliquant des armes blanches. Les autorités avaient aussi observé un afflux inhabituel de motos asiatiques bon marché sur les corridors frontaliers.
Les raisons sécuritaires de la suspension
Dans plusieurs quartiers périphériques, des groupes de jeunes surnommés « bébés noirs » avaient multiplié les agressions nocturnes, machette à la main. Les forces de l’ordre estimaient que la facilité d’accès à ces outils, pourtant destinés à l’agriculture, alimentait une insécurité grandissante dans les centres urbains.
Au même moment, les douanes relevaient un volume importé de machettes supérieur de 60 % à la moyenne annuelle, tandis que les motos utilitaires affluaient via le Gabon, l’Angola et la RDC. Pour le ministère du Commerce, ce déséquilibre posait un risque réel pour l’ordre public.
Des signes d’apaisement observés
Depuis la fin octobre, un suivi hebdomadaire a été effectué en coordination avec la Police, la Force publique, les mairies d’arrondissement et les associations de mototaxis. Les rapports ont montré une diminution graduelle des violences à l’arme blanche, ainsi qu’un reflux des stocks dormants dans les dépôts frontaliers.
« Nous avons constaté une baisse de 35 % des plaintes liées aux machettes durant le dernier bimestre », affirme un cadre de la Direction générale de la sécurité publique. Selon lui, l’interdiction temporaire a servi de choc psychologique et donné du temps pour intensifier les patrouilles ciblées.
Sur la base de ces indicateurs, le ministère du Commerce a jugé que les conditions étaient réunies pour réautoriser les importations. La note précise toutefois que la vigilance reste de mise et que la mesure pourrait être réactivée si les tendances sécuritaires se détérioraient de nouveau.
Un bol d’air pour l’économie locale
Les grossistes de Dolisie, Oyo et Ouesso saluent une bouffée d’oxygène. Plusieurs marchés forestiers étaient presque à court de machettes, outil indispensable pour les abatteurs de manioc et de canne à sucre. Côté motocycles, les sociétés de livraison urbaine craignaient de ne plus honorer les pics d’activité de fin d’année.
Jean-Michel Mbemba, importateur au port autonome de Pointe-Noire, explique que chaque semaine de suspension représentait « près de cinq millions de francs CFA de manque à gagner » pour son entreprise. La reprise des commandes auprès des manufacturiers chinois est déjà enclenchée, mais les premières cargaisons n’arriveront qu’à la fin décembre.
Pour la Fédération des chambres de commerce, la mesure aura finalement rappelé l’importance stratégique des stocks de sécurité, souvent négligés. Plusieurs distributeurs entendent mettre en place des contingents rotatifs afin d’éviter les pénuries tout en limitant les surimportations qui avaient suscité la préoccupation initiale des autorités.
Contrôles et traçabilité renforcés
Le retour à la normale ne signifie pas un relâchement des contrôles. Les postes douaniers de Ngobila, Louvakou et Songolo reçoivent de nouveaux scanners portatifs capables de vérifier la densité métallique des cargaisons de lames. Les motocycles seront désormais identifiés à l’aide d’un marquage laser avant toute mise en circulation.
Un comité interministériel associera Commerce, Intérieur, Transports et Défense pour suivre mensuellement l’évolution des importations. Ses données seront croisées avec les statistiques de criminalité et les déclarations douanières. Selon une source proche du dossier, l’objectif est de « trouver un équilibre pérenne entre fluidité commerciale et sécurité collective ».
Voix du terrain: importateurs et usagers
À Brazzaville, les mototaximen réunis au sein du collectif « No Bougez Pas » reconnaissent que la mesure d’octobre avait réduit temporairement l’offre de véhicules, faisant monter les tarifs. « Les clients commençaient à râler, maintenant on va pouvoir stabiliser les prix », explique leur porte-parole, Firmin Okoko.
Côté ateliers, le mécanicien Théodore Diafouka redoute cependant une flambée de pièces détachées si la demande explose trop vite. Il plaide pour des quotas d’importation mieux étalés dans le temps, « afin d’assurer un approvisionnement constant sans créer de bulles spéculatives sur le marché local ».
Vers une nouvelle dynamique commerciale
La levée de la suspension intervient alors que le Congo cherche à doper la fluidité logistique sur le corridor Pointe-Noire-Brazzaville-Ouesso. Les motocycles, privilégiés par les livreurs de denrées et les commerçants transfrontaliers, pourraient devenir un maillon essentiel de la stratégie de désenclavement des zones rurales.
Au-delà de l’outil agricole ou du moyen de transport, machettes et motos restent donc des indicateurs sensibles de l’activité commerciale congolaise. Leur réintroduction contrôlée marque un retour progressif à la normale, tout en rappelant que la sécurité et l’économie avancent désormais de concert dans les politiques publiques.
Les experts du Centre d’études économiques de Brazzaville conseillent enfin de profiter de cette relance pour encourager le montage local de motocyclettes, créateur d’emplois qualifiés. Un appel d’offres pour une unité d’assemblage est attendu au premier trimestre 2026, selon des sources proches du ministère de l’Industrie.
