Un rendez-vous citoyen pour les droits des enfants
Sous les arbres du jardin de l’Institut français du Congo, de vives exclamations d’enfants ont lancé, le 14 novembre, la première édition du Festival des droits des enfants. Porté par le Réseau des intervenants sur le phénomène des enfants en rupture (REIPER) et la fondation Apprentis d’Auteuil, l’évènement a été préparé plusieurs mois durant avec l’appui de l’Agence française de développement.
Placé sous le thème « Protection des enfants en situation de rue contre les violences », le festival s’inscrit dans le calendrier des célébrations précédant la Journée mondiale de l’enfance du 20 novembre. Pendant quarante-huit heures, il a réuni familles, associations et représentants institutionnels autour d’activités autant ludiques que pédagogiques.
Ateliers interactifs et créations partagées
Dans les salles de l’IFC, des ateliers de dessin, d’écriture slam et de théâtre forum ont permis aux enfants de raconter leur quotidien, souvent marqué par la débrouille. Encadrés par des éducateurs spécialisés, ils ont transformé feuilles blanches et planches en décors vivants pour exprimer rêves et appréhensions.
Le public, composé de nombreux écoliers brazzavillois, a pris part à des jeux de rôle simulant des situations de rue. De courtes séquences montraient comment refuser un travail dangereux ou réagir face aux brimades, avant qu’un animateur n’explique les recours juridiques possibles au Congo.
Témoignages émouvants et prise de conscience
Moment fort de la première journée, le micro a été tendu à des adolescents anciennement sans abri. Wilfried, 16 ans, a confié qu’« une écoute attentive change plus que la nourriture distribuée ». Son intervention a été largement applaudie, soulignant la portée humaine de la démarche.
Pour Nadège Moloki, psychologue clinicienne invitée, « verbaliser la souffrance permet de reconstruire l’estime de soi ». Elle estime que les témoignages publics favorisent l’empathie et poussent chaque citoyen à se demander comment agir concrètement, ne serait-ce qu’en signalant un danger via le numéro vert dédié.
Mobilisation affirmée des forces de sécurité
Le commandant Aurélien Ngadia, représentant la Gendarmerie nationale, a déclaré que son institution « ne baissera pas les bras face aux violences faites aux enfants ». Evoquant les patrouilles de proximité, il a rappelé la nécessité de partenariats avec les associations pour identifier rapidement les zones de vulnérabilité.
Ses propos ont rassuré plusieurs parents présents. Ils voient dans cette collaboration une réponse coordonnée entre société civile et autorités, alors même que la flambée des trafics urbains augmente les risques encourus par les jeunes isolés.
Le 2231, ligne de protection immédiate
Sur la scène centrale, un visuel géant affichait le 2231. Les organisateurs ont martelé que « chaque appel peut sauver une vie ». Le dispositif, gratuit et disponible en français comme en lingala, réceptionne en moyenne cinquante alertes par semaine concernant maltraitance ou abandon.
Joseph Bikié Likibi, coordonnateur du REIPER, a précisé que la ligne est reliée à un réseau d’éducateurs de rue et à des unités de policiers formés à l’écoute. Dès que l’urgence est confirmée, un relais sanitaire ou judiciaire est activé sous vingt-quatre heures, gage d’efficacité.
Partenariats et enjeux de politique publique
Si le festival se veut festif, il porte aussi une exigence de suivi. Dans un point presse, les représentants d’Apprentis d’Auteuil ont indiqué que « la durabilité des actions dépendra d’une intégration dans la stratégie nationale de protection de l’enfance ».
L’AFD a, de son côté, souligné la cohérence du programme avec les Objectifs de développement durable, notamment ceux liés à l’éducation et à la réduction des inégalités. Les responsables locaux du ministère des Affaires sociales, présents discrètement, ont salué l’approche participative qui complète les programmes publics existants.
Vers une stratégie nationale inclusive
Au terme de l’évènement, un document de recommandations a été transmis au préfet de Brazzaville. Il propose la création de centres d’accueil de jour, la formation continue des agents de police et l’extension du numéro 2231 aux autres départements du pays.
Joseph Bikié Likibi résume l’ambition : « Nous souhaitons que chaque enfant, partout au Congo, puisse grandir sans craindre la rue ». Le rendez-vous est d’ores et déjà pris pour la prochaine édition, avec l’espoir que d’ici là, les engagements annoncés trouveront un écho concret sur le terrain.
