Une arrivée sous haute attente
Sous les plis tricolores dressés devant la direction départementale, Alexis Bienvenu Oyombi a officiellement pris les commandes des Douanes et droits indirects de Brazzaville, le 6 novembre, devant un parterre de cadres financiers, d’opérateurs portuaires et de représentants de la société civile.
Inspecteur principal et enfant de la maison, le nouveau patron a commencé par mesurer « l’étendue des défis », rappelant que la capitale concentre à elle seule l’essentiel du trafic douanier et, par ricochet, du potentiel de collecte fiscale national.
Son discours d’investiture, mêlant humilité et ambition, a insisté sur la modernisation des procédures, la transparence des opérations et l’impératif d’un climat de confiance avec les opérateurs économiques pour sécuriser durablement les recettes de l’État.
Relancer l’assiette fiscale de Brazzaville
Brazzaville génère traditionnellement près de la moitié des droits et taxes recouvrés par la douane congolaise, mais la pandémie puis les tensions internationales ont fait reculer ces volumes, mettant sous pression le budget national fortement adossé aux entrées fiscales et douanières.
« Nous allons booster l’assiette fiscale pour atteindre les objectifs fixés par le gouvernement et le ministère des Finances », a martelé Alexis Bienvenu Oyombi, affirmant que son plan d’action reste entièrement aligné sur la stratégie nationale de redressement.
Concrètement, la nouvelle équipe compte intensifier le contrôle a posteriori des déclarations, élargir le recours au scanner des conteneurs et relancer la dématérialisation du circuit documentaire afin de réduire les écarts constatés entre les importations déclarées et la réalité des flux.
Tolérance zéro sur les fraudes douanières
La lutte contre les fraudes demeure le cheval de bataille du ministère des Finances, comme l’a rappelé Jean-Marie Montsagna lors de la passation de consignes, évoquant les « diminutions volontaires de valeurs » détectées récemment à Pointe-Noire et dans le Kouilou.
« Cela doit être corrigé avec la nouvelle équipe. Le nouveau directeur département doit être intransigeant », a lancé le directeur des ressources humaines, avant de rappeler que chaque franc recouvré contribue directement au financement des programmes sociaux et des infrastructures prioritaires.
Dans cette perspective, un dispositif d’évaluation trimestrielle des performances sera instauré ; les unités atteignant leurs quotas pourront bénéficier d’incitations non pécuniaires, tandis que les manquements avérés exposeront les auteurs à des sanctions administratives renforcées.
Mobiliser les équipes autour d’un même cap
Au-delà des chiffres, Alexis Bienvenu Oyombi mise sur la cohésion interne. Il a invité les 380 agents de la circonscription à « mettre la main à la pâte » et à s’appuyer sur les acquis, promettant des sessions de formation continue adaptées aux nouveaux outils numériques.
Le syndicat maison, représenté par l’inspecteur Jules Mouyondzi, salue l’approche participative : « Nous revendiquons certes de meilleures conditions, mais la priorité reste le rendement. L’administration et les agents doivent tirer dans le même sens ».
Un calendrier de réunions mensuelles avec les représentants du personnel est déjà calé afin de suivre l’avancement des réformes, lever les obstacles opérationnels et renforcer la culture du résultat qui doit, selon la direction, devenir « l’ADN » de la douane brazzavilloise.
Douane et économie congolaise, un lien stratégique
Le poids économique de la douane ne se limite pas aux caisses publiques ; la rapidité de dédouanement influence directement la compétitivité des entreprises locales, notamment dans l’agroalimentaire et le BTP, deux secteurs que le gouvernement souhaite positionner comme moteurs de la diversification.
Selon les estimations de la Chambre de commerce, un jour gagné sur la chaîne de dédouanement représenterait jusqu’à 2 % d’économie sur les coûts logistiques globaux pour les PME exportatrices, un argument de poids pour accélérer la mutation numérique annoncée.
Le port fluvial de Brazzaville profite déjà de la simplification des procédures ; en témoigne la baisse moyenne de trente heures sur les temps d’escale, relevée entre janvier et septembre, malgré une hausse de 8 % du nombre de manifestes enregistrés.
Objectifs 2025 : feuille de route détaillée
Nommé par décret du Premier ministre le 31 octobre 2025, Alexis Bienvenu Oyombi est soumis à l’obligation de résultats. Dès la semaine prochaine, il doit présenter au ministre Christian Yoka un tableau de bord incluant cibles trimestrielles, indicateurs de paiement électronique et plan de lutte antifraude.
La première revue d’étape, prévue en février, fera office de test. Si les recettes évoluent conformément aux projections, une rallonge budgétaire permettra de doter les brigades de terminaux mobiles et de moderniser les aires de vérification du PK45, poumon logistique du département.
Des experts fiscaux suggèrent aussi de renforcer la coopération avec la plate-forme portuaire de Pointe-Noire afin d’échanger en temps réel les données de manifeste, ce qui pourrait prévenir les doubles déclarations et améliorer la traçabilité des marchandises en transit vers la capitale.
En attendant, le nouveau directeur affirme vouloir « ouvrir grand la porte » au dialogue avec les opérateurs et la diaspora, convaincu que leur adhésion est indispensable à la réussite des réformes et, plus largement, à l’essor économique qu’escompte la ville capitale.
