Une disparition qui émeut le football congolais
La nouvelle est tombée le 28 octobre, dans la matinée française, laissant le monde sportif congolais incrédule : Dieudonné Benito Amouzoud, promoteur du Centre d’Études et Sport la Djiri, s’est éteint à l’âge de soixante-deux ans.
Dominique Gentil Nkounkou, ancien cadre technique de la Fédération congolaise de football et compagnon de route du disparu, a réagi aussitôt depuis Brazzaville, évoquant « une immense perte » pour le pays, pour l’Afrique centrale et pour le sport-études en général.
Sa voix vibrante d’émotion a rappelé combien l’engagement, parfois discret mais toujours déterminé, de Benito Amouzoud aura marqué plus d’une génération de pratiquants, d’éducateurs et de dirigeants soucieux d’offrir aux jeunes Congolais un avenir par le sport.
Le parcours d’un pionnier de la formation
Né à Brazzaville, passionné de ballon rond dès l’adolescence, Amouzoud passe par la mythique Étoile du Congo, dont il dirige un temps la section football, avant de s’interroger : comment combiner études solides et pratique intensive pour que talent ne rime pas avec décrochage ?
La réponse prend forme au début des années 2000, quand il imagine puis finance, sur fonds propres et partenariats privés, un complexe inédit à Djiri, dans la périphérie nord de la capitale, mêlant salles de classe modernisées, dortoirs ventilés et terrains gazonnés homologués FIFA.
« Il n’avait rien à envier aux infrastructures d’Aix-en-Provence ou de Clairefontaine », se souvient Nkounkou, estimant que son ami « avait compris avant tout le monde l’importance du concept de football business, où chaque franc investi doit créer de la valeur humaine et sportive ».
Le Centre d’Études et Sport la Djiri, un modèle
Dès son ouverture, le Centre d’Études et Sport la Djiri signe un accord technique avec l’Italien Claudio Mayanith, alors conseiller pédagogique pour plusieurs académies transalpines, qui accepte de former les premiers coachs et de bâtir un programme méthodologique calibré sur l’élève-athlète.
La même année, Dominique Gentil Nkounkou est sollicité pour assurer le suivi administratif et relationnel, tâche qui le conduit à monter, en 2005 puis 2007, trois tournées européennes : Vannes, Nantes et Saint-Étienne ouvrent leurs vestiaires à la jeune garde congolaise.
Ces expéditions aboutissent à la création de la Djiri Cup, tournoi annuel d’envergure désormais ouvert aux centres gabonais, camerounais et à une équipe française invitée, donnant aux recruteurs étrangers l’occasion d’observer in situ les espoirs locaux, loin des compilations vidéo souvent trompeuses.
Au-delà du rectangle vert, le modèle combine tutorat scolaire, cours d’anglais et modules de gestion financière, afin de préparer les pensionnaires aux réalités du haut niveau ; un diplomé du centre peut ainsi monnayer ses compétences ou poursuivre des études supérieures, y compris hors du sport.
Des talents révélés pour la sélection
Parmi les quelque trois cents jeunes passés par Djiri, les plus célèbres restent le milieu relayeur Durel Avounou, l’attaquant Harvy Ossiété ou encore le polyvalent Exaucé Ngassaki, tous sélectionnés chez les Diables Rouges avant l’âge de vingt-et-un ans.
Nkounkou note que « la rigueur académique est la première chose que retiennent les recruteurs », citant l’exemple d’Avounou, repéré lors d’un amical à Lorient, transféré au Havre puis en Turquie, preuve qu’« un encadrement sérieux ouvre plus de portes qu’une vidéo sur YouTube ».
Si la pandémie a momentanément freiné les sélections, le réseau bâti par Benito Amouzoud se remet progressivement en marche ; plusieurs clubs de Ligue 2 française et deux académies belges ont déjà manifesté leur souhait de renouer avec la Djiri Cup dès la prochaine édition.
Quel héritage pour les générations futures
La disparition du fondateur laisse un vide, mais son équipe dirigeante, restée soudée, affirme que le centre poursuivra ses activités, forte d’un budget de fonctionnement garanti pour trois saisons et de soutiens institutionnels, notamment au ministère des Sports qui salue « une initiative exemplaire ».
Un conseil consultatif sera constitué autour de Dominique Gentil Nkounkou, de techniciens congolais de la diaspora et d’anciens élèves aujourd’hui professionnels, afin de définir la feuille de route 2024-2028 : extension de l’internat féminin, rénovation de la salle de musculation et lancement d’un programme e-sport.
Sur le plan mémoriel, une stèle devrait être érigée à l’entrée principale, tandis que la prochaine Djiri Cup portera officiellement le nom de Tournoi Dieudonné-Benito-Amouzoud, geste fort destiné à rappeler, chaque saison, la vision et l’abnégation d’un bâtisseur parti trop tôt.
« Son énergie reste notre boussole », assure Léonie Mbindzo, actuelle directrice des études, convaincue que l’approche duale études-sport peut être un levier de cohésion nationale, en phase avec les orientations gouvernementales visant à promouvoir la jeunesse et l’employabilité par les filières sportives.
D’ici là, les anciens pensionnaires ont lancé une collecte numérique pour financer des bourses destinées aux orphelins passionnés de football ; en moins d’une semaine, près de cinq millions de francs CFA ont été promis, preuve tangible de l’empreinte laissée par Benito Amouzoud.
