Un soutien financier inédit aux cultivateurs brazzavillois
Le 9 décembre, au cœur du district de Poto-Poto, trente producteurs de la capitale ont reçu des chèques symboliques des mains d’Aser Sidney N’se, président du groupement La congolaise agricole, pour relancer leurs exploitations et faciliter la mise en marché de leurs récoltes.
Les montants attribués varient de 100 000 à 1,5 million de francs CFA, selon la taille des projets maraîchers, piscicoles ou d’élevage présentés par les bénéficiaires, tous installés dans les arrondissements périurbains où la pression foncière pèse sur les surfaces cultivables.
« Nous voulons rompre avec les aides ponctuelles sans suivi, insiste le donateur. Ce soutien ira de pair avec un accompagnement technique pour que chaque franc investi génère des légumes, du poisson ou des têtes de bétail supplémentaires », a-t-il déclaré devant la presse.
Un partenariat en discussion avec la CCD
Le partenariat offrirait des lignes de crédit souples, assorties de périodes de grâce, capables de couvrir l’achat d’intrants, la réhabilitation de forages ou l’installation de petits systèmes solaires, trois préoccupations relevées par les coopératives maraîchères durant les ateliers préparatoires.
La direction de la CCD confirme l’existence de discussions avancées mais se réserve d’officialiser les taux avant la signature. « Les producteurs congolais ont un potentiel de remboursement sous-estimé », confie un cadre qui dit viser un modèle gagnant-gagnant.
Des bénéficiaires entre espoir et prudence
Sur le site de remise, les visages étaient partagés entre soulagement et prudence. Beaucoup se souviennent d’anciens programmes restés sans effet, faute de suivi régulier ou de débouchés sûrs pour les légumes et les volailles produits.
Mme Tsabelle Kibozi, installée dans la zone rurale de Djoué, a reçu 800 000 francs CFA. « J’avais stoppé mes bassins piscicoles après une panne d’aérateur. Ce chèque me permettra de les remettre en eau et d’acheter des alevins », témoigne-t-elle.
Pour Edouard Mayombo, producteur de tomates à Makélékélé, l’enjeu est d’abord commercial. « Les volumes n’ont de sens que si les grossistes suivent. Nous espérons que le marché central achètera nos cagettes sans exiger de rabais excessifs », dit-il, optimiste.
Former et structurer les ambassadeurs de la terre
Au-delà du financement, le programme affiche une ambition pédagogique. Les porteurs de projet suivront des sessions sur la gestion comptable, la fertilisation organique et la certification, pour répondre aux nouvelles exigences des chaînes d’hôtels et des supermarchés implantés dans les deux grandes villes.
Ces formations, animées par des ingénieurs agronomes et des vétérinaires recrutés localement, débuteront en janvier. Elles se dérouleront sur les périmètres pilotes de Nganga-Lingolo, choisis pour leur accessibilité et la présence d’un centre de collecte frigorifique récemment rénové.
Une initiative appelée à couvrir les 15 départements
Si l’étape brazzavilloise marque le coup d’envoi, l’opération vise à toucher 1 000 producteurs répartis dans les 15 départements, du Kouilou à la Likouala, en passant par le Niari et les Plateaux, où le potentiel agropastoral reste sous-exploité.
Les prochaines remises de chèques sont programmées à Dolisie, Owando et Impfondo, en coordination avec les directions départementales de l’Agriculture afin d’assurer l’alignement avec les plans locaux de développement rural élaborés sous l’égide des autorités.
Un pas vers la sécurité alimentaire et la ZLECAF
La relance du segment vivrier est perçue comme un levier majeur pour réduire la facture des importations alimentaires, estimée par la Banque centrale à plus de 250 milliards de francs CFA par an malgré les efforts de diversification économique.
Avec l’entrée en vigueur progressive de la Zone de libre-échange continentale africaine, la compétitivité des produits locaux devient une priorité. Les responsables du programme misent sur la baisse des coûts de production et sur la qualité sanitaire pour conquérir les marchés régionaux.
Le ministère en charge de l’Agriculture, régulièrement informé, voit dans l’initiative un complément aux projets publics de parcs agro-industriels. « Chaque panier de légumes produit localement, c’est une économie de devises et un emploi préservé », commente un conseiller technique.
Retombées attendues pour l’économie locale
Dans les quartiers, les consommateurs espèrent déjà une stabilisation des prix des feuilles de manioc, du poisson d’étang et des œufs, dont les coûts ont fluctué ces derniers mois sous l’effet de la hausse des importations d’aliments pour bétail.
Les économistes prévoient une injection de liquidités estimée à 25 millions de francs CFA sur les marchés périurbains, somme correspondant aux premiers achats d’engrais et de semences induits par les chèques, avec un effet multiplicateur sur le petit commerce local.
La congolaise agricole table sur une production additionnelle de 600 tonnes de légumes et 120 tonnes de poisson d’ici la fin de la saison sèche, sous réserve de bonnes conditions climatiques et de l’accès continu au carburant pour les motopompes.
Si les prévisions se confirment, l’initiative pourrait inspirer d’autres organisations agricoles et renforcer la réputation de Brazzaville comme laboratoire de la transition agroécologique en Afrique centrale, un positionnement compatible avec la vision de développement durable portée au plus haut niveau de l’État.
