Une cérémonie mémorielle partagée
Sous le soleil matinal, le monument aux morts de la rue Gallieni a retrouvé l’allure solennelle des grands jours. Couronnes alignées, drapeaux levés, une brève sonnerie a suspendu le tumulte urbain avant l’arrivée du cortège officiel et des invités étrangers impatients.
À 10 heures précises, le ministre de la Défense, Charles Richard Mondjo, a rejoint l’ambassadrice de France, Claire Bodonyi, le préfet Gilbert Mouanda-Mouanda et le consul belge Laurent Frederickx pour déposer les gerbes au pied de la stèle, dans un silence vibrant.
Les autorités congolaises aux avant-postes
La présence du commandement des Forces armées congolaises a rappelé que le fleuve Congo n’a jamais isolé la République d’événements mondiaux. Le général Olessongo a salué « l’esprit de sacrifice » des tirailleurs d’hier qui inspire, selon lui, la discipline des troupes actuelles.
Dans la foulée, Charles Richard Mondjo a échangé quelques mots avec les anciens combattants réunis derrière leurs médailles. Le ministre a souligné le soutien du gouvernement aux veuves et orphelins à travers l’Office national des anciens combattants, représenté par David Wissika.
« Nous portons leur mémoire mais aussi leurs revendications sociales », a-t-il rappelé, avant d’assurer que les pensions revalorisées en juillet seront versées sans retard. Un engagement applaudi par le public massé sous les flamboyants du square.
Un lien historique franco-congolais réaffirmé
Pour l’ambassadrice Claire Bodonyi, la commémoration dépasse la simple tradition protocolaire. « Sur ce sol, Français et Congolais ont partagé les mêmes tranchées », a-t-elle déclaré, évoquant l’alliance nouée lors de la bataille de Mbirou en 1914 contre les troupes impériales allemandes.
Le colonel Thomas Cassan, attaché de défense, a insisté sur une triple dimension : mémoire de 1918, hommage aux militaires morts en opérations depuis 2012 et reconnaissance des contingents africains. Il a rappelé que plus de 2000 hommes d’Afrique centrale servaient alors sous le drapeau français.
La jeunesse redonne vie aux écrits des poilus
Moment fort, les lycéens de Saint-Exupéry et les cadets de l’École préparatoire Général Leclerc ont lu des lettres d’André Fribourg et de Maurice Genevoix. Leurs voix cristallines ont fait entendre la fatigue extrême, les pluies de balles et le simple espoir de repos.
« On dort même sous la fusillade, le silence seul réveille », a récité la jeune Nadège, 17 ans, avant qu’une minute de recueillement n’enveloppe l’assemblée. Plusieurs anciens ont essuyé une larme, soulignant la puissance intacte de ces témoignages centenaires.
Éclairage sur la bataille de Mbirou
Située près de Ouesso, la bataille de Mbirou demeure un jalon peu connu des manuels européens. En août 1914, un détachement congolais guidé par des officiers français y a repoussé une colonne venue du Cameroun allemand, sécurisant ainsi le Moyen-Congo naissant.
Le site conserve encore des vestiges de tranchées envahies par la forêt équatoriale. Le ministère de la Culture étudie un projet de signalétique historique afin d’y organiser des visites scolaires et touristiques, capitalisant sur l’intérêt croissant pour le tourisme de mémoire.
Les repères essentiels de l’armistice de 1918
Signé le 11 novembre 1918 dans le wagon de Rethondes, l’armistice a suspendu les combats entre l’Allemagne et la Triple-Entente après plus de dix-millions de morts. Il a ouvert la voie au traité de Versailles, entré en vigueur l’année suivante.
Dans l’Empire colonial français d’alors, plus de 200 000 soldats africains avaient été mobilisés. Beaucoup revinrent blessés ou marqués à vie. La cérémonie brazzavilloise vise à rappeler cette contribution décisive souvent absente des grandes fresques documentaires internationales.
Une mémoire tournée vers la paix d’aujourd’hui
S’adressant aux élèves, le préfet Mouanda-Mouanda a encouragé une lecture civique de l’histoire : « Comprendre les sacrifices d’hier, c’est rejeter la violence comme moyen de règlement des différends ». Il a invité à défendre la cohésion nationale bâtie depuis l’indépendance.
Pour le colonel Cassan, la coopération militaire actuelle s’inscrit dans cette continuité. Programmes de formation, exercices conjoints et opérations de maintien de la paix illustrent, selon lui, la volonté partagée de prévenir de nouveaux conflits sur le continent et au-delà.
Le ministre Mondjo a clos la matinée par un dépôt de bougie symbolique, avant que l’hymne congolais n’embrase l’avenue. De nombreux passants se sont arrêtés, smartphones levés, prolongeant la cérémonie sur les réseaux et donnant à la mémoire un écho numérique.
À midi, la circulation a repris, mais les bouquets demeuraient au pied de la stèle, rappel silencieux de la fragilité de la paix. Les autorités ont annoncé que d’autres initiatives pédagogiques accompagneront, tout au long de novembre, cet anniversaire du courage partagé.
Le tourisme de mémoire, un nouvel atout économique
Le directeur général du tourisme, Marcel Ibara, voit dans ces commémorations l’occasion de diversifier l’offre congolaise. Selon lui, un circuit reliant Brazzaville, Mbirou et Pointe-Noire pourrait générer des emplois locaux et attirer la diaspora, friande d’expériences patrimoniales authentiques et responsables dès 2024.
Un partenariat public-privé est à l’étude pour restaurer les stèles, aménager des sentiers et former des guides. Une enveloppe de trois milliards de francs CFA figure déjà dans le projet de budget 2024, témoignant d’une volonté de conjuguer mémoire et développement.
